A vouloir être trop persuasif, il arrive de négliger la véracité de ses arguments. C'est Jean Barth, président du comité d'initiative "fumée passive et santé", qui endosse le rôle principal dans cette affaire. La fumée passive a certes fait couler beaucoup d'encre dans la presse, mais le nombre d'informations travesties tient bien sa seconde place. L'article est paru dans la tribune du 31 octobre; Jean Barth fulmine contre les opposants à son initiative et déverse un condensé d'erreurs (volontaires ou non, la question restera ouverte). Il dénonce une série d'attaques contre son initiative:

I. Le professeur Auer:
Une première salve est venue du professeur Andreas Auer, mandaté et payé par Japan Tobacco pour contester, par un avis de droit, la nocivité de la fumée passive et, par là même, la légitimité et la validité constitutionnelle de l'initiative genevoise. La thèse du professeur Auer s'appuie sur la seule étude Enstrom Kabat, elle-même commanditée par l'industrie du tabac américaine et dénoncée par l'ensemble de la communauté scientifique.
Les journaux semblent fascinés par ce point. Malheureusement, rares sont ceux qui ont lu l'avis de droit du professeur. Contrairement à ce que soutient Jean Barth, l'argument principal de M. Auer ne résidait nullement en la thèse controversée, mais plutôt dans le fait que l'initiative était trop restrictive dans la mesure où l'interdiction de fumer était absolue. Contrairement à ce que laisse également entendre Jean Barth, le professeur Auer n'était pas le seul à soutenir cette thèse; le conseil d'Etat de Genève et le prof. Vincent Martenet de Lausanne souscrivaient également à cette opinion. Seule l'avocate du comité d'initiative (Me Doris Vaterlaus) prétendait le contraire.

A noter d'ailleurs qu'il n'y a pas de raison de refuser au prof. Auer le droit de conclure un mandat si c'est l'industrie du tabac qui paye. Par extension, on ne peut interdire à l'industrie du tabac de commander des avis de droit sur la question. Enfin, on ne peut reprocher à un mandataire de gérer l'affaire dont il est chargé selon les intérêts du mandant, puisque c'est une obligation qui résulte du code des obligations.

Pour plus d'informations: Initiative anti-fumée, sa validité selon la comission

II. Charles Poncet:
La seconde contre-offensive est venue sous forme d'un recours au Tribunal fédéral, contestant la validité constitutionnelle de notre texte, validité accordée en 2006 par le Grand Conseil genevois. (...) Les recourants ont cependant été sèchement désavoués par l'ensemble des sept juges fédéraux, qui se sont montrés extrêmement critiques et acerbes à leur endroit, se déclarant "agacés" et qualifiant leur démarche de "combat d'arrière-garde". Les juges ont trouvé particulièrement déplacé le terme de "politiquement correct" employé par le professeur Auer dans son avis de droit pour dénigrer notre initiative, eu égard aux centaines de morts causées chaque année en Suisse par la fumée passive.
Là encore, Jean Barth fait erreur: le recours au TF ne visait pas la constitutionnalité de l'initiative, mais le respect des droits politiques (Charles Poncet estimait que la volonté des initiants avait été malmenée par la modification résultant d'une invalidation partielle). Par ailleurs, le TF a, lui aussi, admis que l'initiative violait le principe de proportionnalité, laissant les initiants et Me Doris Vaterlaus bien seuls. Il en a profité pour préciser que le droit de fumer, à plus forte raison en tout lieu, n'est probablement pas couvert par le droit à la liberté personnelle. Enfin, s'il est possible que les juges du TF aient déclaré à titre privé être agacés par les propos du prof. Auer, s'il est possible qu'ils aient parlé de combat d'arrière garde ou de remarque déplacée, ce n'est certainement pas dans l'arrêt qu'ils l'ont fait (ça se serait déplacé!). Partant, ils s'exprimaient en tant qu'individus et non en tant que juges du TF. Pour ceux que cela intéresse, l'arrêt commenté est disponible sur ce blog.

L'initiative fut donc modifiée. Maintenant, nous attendons impatiemment la votation populaire.