Le peuple suisse est appelé à voter sur un sujet nouveau: faut-il ou non accorder à l'animal maltraité par son propriétaire les services d'un avocat pour agir contre ledit propriétaire?

L'initiative vise à obliger les cantons à instituer des avocats de la protection des animaux lorsqu'une procédure pénale est ouverte pour cause de mauvais traitements envers des animaux ou pour toute autre infraction à la loi sur la protection des animaux. Les cantons ont déjà cette possibilité en vertu du droit en vigueur, mais seul le canton de Zurich en a fait usage. .
Aujourd'hui, selon le comité d'initiative, les intérêts des animaux maltraités ne sont pas défendus: le prévenu peut se faire représenter par un avocat, alors que les animaux lésés n'ont pas cette possibilité. Cette problématique soulève plusieurs considérations, notamment le fait que les animaux ne sont pas des "choses" selon la loi, mais que cette même loi leur applique les règles sur les "choses". Dans son état actuel, le droit d'avoir un avocat n'appartient pas aux "choses". Par souci de cohérence, il serait donc temps que les règles applicables aux animaux ne soient pas celles applicables aux "choses". Commettre un avocat d'office coûte à l'Etat. L'Etat est-il prêt à prendre en charge ces frais supplémentaires? Les avocats sont-ils prêts à défendre des animaux non-humains? La protection conférée par la loi sur les animaux est-elle suffisante?

Je n'ai pas l'intention de répondre à ces questions. Je souhaite m'attarder sur une considération plus générale, que je développerai après avoir exposé l'opinion du Conseil fédéral sur la question de la nomination d'un avocat à la défense d'un animal maltraité
Le Conseil fédéral dit Non à l'initiative pour un avocat des animaux, car:

Les animaux en Suisse sont très bien protégés. La protection des animaux tient à coeur des Suisses et des Suissesses. La législation en vigueur en est le reflet. Dans un tel système, l'avocat pour animaux est superflu. L'avocat des animaux n'améliore pas vraiment la situation des animaux. C'est le vétérinaire cantonal qui s'occupe de l'immense majorité des cas de maltraitance et qui agit sur le terrain. L'avocat pour animaux agit dans les tribunaux sur une minorité de cas et n'améliore pas le sort des animaux.
Ce raisonnement se base sur la pratique et est sûrement tout à fait exact. Peut-être que la pratique n'a pas besoin d'amélioration. Toutefois, la pratique ne suffit plus ici. Nous sommes à un autre niveau, un niveau bien supérieur. Nous avons la possibilité d'effectuer un pas vers une sagesse commune visant à offrir aux non-humains la protection dont ils ont besoin; dont nous avons besoin.



En quoi l'octroi d'un avocat pour animaux maltraités est-il, de l'avis de ce blog, d'importance capitale? En ceci qu'il est essentiel que l'humain sache reconnaitre un animal comme son semblable. Admettre que l'animal a droit à un défenseur d'office lorsqu'il a été maltraité, c'est lui reconnaître un statut supérieur à celui qu'il connaît aujourd'hui. Ainsi, contrairement aux choses auxquelles il est actuellement assimilé, l'animal pourra être défendu de la même manière qu'un humain.

Pourquoi faudrait-il que l'animal acquière un statut semblable à celui de l'être humain? La réponse à cette question coule de source. Parce que sans les autres animaux, nous n'aurions pas existé. Nous ne pourrions pas exister. Tout est imbriqué. Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui les metteurs en scène produisent des films tels que "Home" ou "Planet earth", qui détaillent la complexité de notre système. Les remèdes contre nos maux sont invariablement produits par la nature, plantes, animaux, champignons. Et pourtant, malgré sa dépendance à la nature, l'être humain se dit et s'affirme supérieur.
Il traite avec cruauté ceux qui lui permettent de vivre.

L'avocat pour défendre l'animal, ce n'est pas une nécessité imposée par un système de lois défectueux; c'est une nécessité imposée par le besoin d'obliger l'humain à ouvrir les yeux, des yeux que nos sociétés modernes lui ont clos durant les derniers siècles. Des yeux clos par les intérêts financiers; des yeux clos par la vision à très court terme d'un monde utopique aux ressources illimitées. L'avocat pour l'animal, c'est un pas vers la reconnaissance collective du fait que l'humain, de par sa force, a la responsabilité de prendre soin de ce qui l'entoure. Tous connaissent la fameuse citation de Peter Parker dans Spiderman: "With great power comes great responsibility" (aux grands pouvoirs une grande responsabilité); tous se sont rendus compte, dans Harry Potter, que la magie apportait autant de problèmes qu'elle en résolvait. Nous, humains, avons un grand pouvoir et de grandes responsabilités que pourtant nous rejetons.

Si vous votez oui le 7 mars 2010 lors des votations fédérales, vous estimez que l'humain a des responsabilités. Vous estimez que l'animal doit être plus qu'une chose. Vous estimez que la planète a besoin des efforts humains pour survivre et que cet effort commence par une reconnaissance du fait que l'animal n'est pas une chose. Ce n'est pas une question quant à l'utilité pratique de la mesure, c'est une question de faire le pas vers une évolution des mentalités. L'animal n'est pas, et ne dois pas être, perçu comme une chose, parce que nos vies dépendent de la nature et non de "choses". Voilà pourquoi, moi, je voterai oui.

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