Le Service des Automobiles et de la Navigation (SAN) propose depuis peu (on vient de me l'annoncer) la possibilité à n'importe qui d'obtenir sur simple SMS l'identité du détenteur d'un véhicule immatriculé dans le canton de Genève.

Si vous êtes une habituée (et séduisante) lectrice de ce blog, vous aurez très certainement déjà mesuré toutes les implications relatives à la protection de votre sphère privée.

Il vous est toutefois possible de contrer cette décision en manifestant votre refus par l'envoi d'un formulaire spécialement prévu à cet effet.


Pour les nouvelles brebis

Si par malchance vous n'avez pas suivi les récents développements de ce blog, il est possible que vous ne mesuriez pas immédiatement l'impact d'une telle mesure. Voici donc quelques éléments pouvant vous "convaincre" de très rapidement contacter le SAN et de leur demander de vous retirer de cette base de données.


En cas de faute
Dans le cas où vous commetriez une faute avec votre véhicule, telle qu'un accident, un délit de fuite, un mauvais parquage ou tout simplement un dépassement "dangeureux", il va devenir de plus en plus probable que vous croisiez des afficionados de la délation quelque peu frustrés par l'inaction de la police et qui vont désirer se faire justice eux-mêmes.

Ces derniers vont pouvoir dès lors saisir un SMS avec votre numéro de plaque minéralogique et obtenir instantanément votre identité (incluant noms, et adresse). Pourquoi cette information leur est-elle nécessaire ? Je vous laisse réflechir sur ce point.

Je conviens que la délation aux autorités, en cas de comportement abusif, est un devoir de citoyen mais je remets fortement en question l'utilité pour le citoyen de connaître l'identité du conducteur.

D'autre part, de nombreux véhicules ne sont pas conduits par leur propriétaire mais par une relation proche (famille, ami, voleur de voiture ou autre). Dès lors, ce service pourrait mettre en danger des individus car ils seraient immédiatement considérés comme coupables aux yeux de personnes mal intentionnées et peu enclines à réflechir avant de se venger.


Pour les femmes au physique particulièrement intelligent
Un autre exemple de l'impact de cette mesure est de faire la boucle entre le service proposé par le SAN et les services aujourd'hui accessibles par n'importe qui sur Internet.

Considèrons le scénario tout à fait banal de la jolie demoiselle pulpeuse, affichant fièrement son statut de femme active grâce à son sac Gucci, au volant de sa Polo nouvellement acquise.

Considèrons à présent le connard moyen (pardonnez-moi l'euphémisme), âgé entre 12 et 65 ans, pas encore sorti de son complexe d'Œdipe, assis à la terrasse d'un bar bien en vogue avec ses copains célibataires et dont la seule compagnie féminine se matérialise par des bières et la serveuse du bar.

Considèrons ensuite que ces deux univers se rejoignent (jeune demoiselle séduisante et innocente s'arrête au feu rouge, son dos croisant ainsi le regard du plus bel étalon du groupe) et se confrontent le temps de quelques secondes ("eh !" "mademoiselle !" sifflement viril "mademoiselle !!!", etc.) sans pour autant aboutir à une issue favorable pour les deux parties ("putain la salope!") .

Et bien, ce cher monsieur aura dès lors la possibilité d'obtenir l'identité et le domicile de la chère demoiselle assise dans sa Polo, qui je vous le rappelle est encore toute neuve. S'il est un peu geek par-dessus bord (personne n'est parfait) il pensera à se connecter sur Facebook pour en savoir un peu plus sur le compte de la séduisante et éventuellement commencer son matraquage auto-publicitaire.

Et si madame n'accepte pas l'offre sensationnelle qui lui est proposée, monsieur risque de s'énerver quelque peu et d'avoir suffisament d'informations pour aller observer madame de plus près.


L'authentification du demandeur?
Oubliez-la. Il est aujourd'hui très simple d'envoyer un SMS à partir du téléphone d'un proche, d'un parent, d'une amie, voire même d'un inconnu (un portable volé quelques secondes, cela ne se remarque pas toujours) et je doute fortement que le SAN fournisse avec la même facilité les informations sur les demandeurs d'identité. D'autre part, il y a une inégalité entre la situation du demandeur d'information et de la personne dont l'identité est dévoilée: elle ne sait pas qui a demandé l'accès à son entrée dans la base de données.


Et le gâteau sur la fraise...
Le lecteur constatera une certaine ironie dans la mesure où l'accès au service par Internet est strictement réservé aux compagnies d'assurances........pour des raisons de protection des données personnelles.

Rions. Un bon coup, tant que nous pouvons !


Vous savez ce qu'il vous reste à faire : imprimez ce formulaire et montrez-leur que vos données personnelles sont...personnelles !

Merci à PB pour cette info

EDIT 2008.05.22: un débat sur les aspects légaux relatifs à la mise en place de ce service a été ouvert sur le blog Acerberos.