TABLE DES MATIERES

AVANT PROPOS 3

INTRODUCTION 4

I. DE QUOI PARLE- T-ON AU TRAVERS DU CONCEPT DE RESILIENCE ? 7

1° DEFINITION DE LA RESILIENCE 7

2° LES PRECURSEURS DE LA RESILIENCE 8

3° LES TRAVAUX D'EMMY WERNER. 10

4° EMERGENCE DU CONCEPT DE RESILIENCE. 11

5°LES CARACTERISTIQUES DE LA RESILIENCE. 13

6°FONCTIONNEMENT DU PROCESSUS PSYCHIQUE DE LA RESILIENCE 14

CLINIQUE ET LIMITES DE LA RESILIENCE. 15

Résilient, mais blessé. 16

II. COMMENT CE CONCEPT A- T –IL ETE ETUDIE DANS DIFFERENTS DOMAINES ET QUELS SERAIENT LES FACTEURS CONTRIBUANT A LA RESILIENCE ? 18
1°PROTECTION ET FACTEURS DE PROTECTION 18
UNE APPROCHE DES FACTEURS DE PROTECTION : 18

2° RESILIENCE ET MECANISMES DE DEFENSE 22

3° LES CRITERES DU PROCESSUS RESILIENT. 23

4°CRITERES ET FACTEURS DE RESILIENCE 26

FACTEURS DE RESILIENCE ET PROFIL DE RESILIENCE 26
L'attrait de séduction envers les pairs et les adultes 27
La stabilité de l'attention 27
La capacité à résoudre les problèmes : 29
Compétence, manifeste et perception de l'efficacité (auto- efficacité.). 29

5°LE POSITIVISME DU CONCEPT DE RESILIENCE 29

III. QUELLE EST LA PLACE DE L'EDUCATEUR, DANS CET ACCOMPAGNEMENT VERS LA RESILIENCE ? 34

1°LE TRAVAIL D'OBSERVATION DU SUJET 34

2° L'EDUCATEUR COMME " TUTEUR DE DEVELOPPEMENT " 34

3°VERS L'ESTIME DE SOI. 36

Accompagner l'autre vers une acquisition d'un sentiment de confiance 37

Accompagner l'enfant vers un sentiment de compétence 40

4° FAVORISER LA RELATION SOCIALE, L'APPARTENANCE A UN GROUPE. 42

5° TROUVER UNE LOGIQUE, UNE RAISON ET UN SENS A LA VIE 45

6°L'UTILISATION DE L'HUMOUR 46

7°L'ACCES A LA CREATIVITE, EST UN PAS VERS LA SURVIE DE L'HOMME 46

8°PERMETTRE A L'ENFANT LE REFUGE DANS L'IMAGINAIRE 50

9° L'EDUCATEUR, L'ENFANT ET L'ECOLE 50

10° LE TRAVAIL AVEC LES FAMILLES. 51

CONCLUSION 53

REMERCIEMENTS : 54


Avant propos

Pourquoi et pour qui écrire ... ?

Pourquoi ce sujet autour de la résilience et de l'accompagnement de l'enfant vers... la résilience ?
Quels sont les moyens que les hommes mettent en place pour se défendre et vivre voire, survivre, dans une réalité de vie qui pour chacun d'entre nous a peut-être été difficile ?

En effet, nous sommes tous, un jour ou l'autre, confrontés à un traumatisme plus ou moins difficile à combattre, nous devons tous vivre avec " le murmure de nos fantômes... " (CYRULNIK).
J'ai eu un parcours personnel assez tortueux et mon propos ici n'est pas de m'apitoyer sur mon sort mais d'avancer...
Je suis comme certains l'écrivent : " une personnalité résiliente " et ça, je m'en suis rendu compte au fur et à mesure dans mon cursus de formation d'éducateur et notamment au travers d'ouvrages d'auteurs et qui, dès que j'en parcourais les lignes, m'ont susurré à l'oreille : " il s'agit peut être de toi ?... "
Pourquoi moi et pas les autres ? Moi, tout ce que je demande c'est d'accompagner l'autre vers un mieux, de l'accompagner du mieux que je pourrais, telle est ma quête, nécessaire à ma survie.

SARTRE écrivait : " Ce qui est important, ce n'est pas ce que l'on a fait de moi, c'est ce que moi je fais de ce que l'on a fait de moi ".

Cet écrit est également pour moi, une forme de résilience, qui m'a permis de me retrouver avec moi-même, de trouver une forme de paix intérieure.

Aussi j'écris d'abord pour moi-même, même si cela d'emblée, puisse paraître égoïste, mais également pour tous ceux qui sont touchés de près ou de loin par la résilience, ainsi que pour les professionnels courageux qui accompagnent les enfants au quotidien dans nos institutions et à qui je veux rendre hommage.

Introduction


" La faculté qu'a l'homme de se creuser un trou, de secréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de prés. Il s'agit là d'un précieux travail d'adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif ".

Primo Lévi
si c'est un homme


Il serait prétentieux d'affirmer que le choix d'un mémoire est chose facile. Il me paraît important de dire que le choix du sujet n'est pas anodin :

Celui-ci doit nous inviter à l'intéressement, il nous habite, fait partie de notre quotidien, et nous suit et nous poursuit lors de sa conception.

Il nous rassemble et doit susciter l'envie et le plaisir, car sans ces deux ressentis toutes démarches quelles qu'elles soient se révèlent inutiles.


La problématique que j'ai choisie de développer tout au long de cet écrit, m'est déjà apparue avant mon entrée en formation d'éducateur :
Il y a encore 5 ans, le concept de résilience m'était totalement inconnu et je ne m'étais pas encore aperçu que je le recherchais inconsciemment. A cette période, j'ai connu un étonnement dans mon travail : dans des conditions de fracas familial ou social, quelques enfants ne devenaient pas du tout, ce qu'on avait tenté de prévoir.
Et c'est notamment le cas de B qui malgré l'alcoolisme et la violence de son père et la mort de sa mère, s'épanouit à l'heure actuelle en faculté de médecine où il est parmi les meilleurs élèves de sa promotion.


De plus, ayant travaillé dans un centre socio-culturel, j'ai eu l'occasion de côtoyer des jeunes qui sortaient de prison. Parmi eux, deux ont plus particulièrement retenu mon attention : le premier, après deux mois de liberté avec sursis a replongé pour un braquage, tandis que le second a réussi à se réinsérer après un apprentissage de peintre en bâtiment.
D'emblée je me suis posé la question suivante : Pourquoi l'un s'en sort-il et pas l'autre?
J'ai ainsi pu durant ma formation émettre l'hypothèse que l'un était résilient à un moment donné de sa vie contrairement à l'autre.

Ainsi, lors de mes différents stages de formation j'ai pu voir des enfants qui s'en sortaient bien mieux que les autres et ce malgré des traumatismes assez conséquents dans l'ensemble : maltraitance, abandon, viol, perte d'un être cher ...
De nature plutôt positive dans mon travail, je pars de l'hypothèse que l'éducateur a une place à prendre dans l'accompagnement de l'enfant vers un processus de résilience. Et un des objectifs de ce travail, est de comprendre quelle place peut prendre l'éducateur dans cet accompagnement.

Dans une première partie je vais essayer de définir ce qu'est la résilience en cheminant autour des différentes définitions que j'ai pu trouver lors de mes recherches. Je m'attarderai sur son origine ses précurseurs et les critères d'un processus résilient.
Puis j'aborderai la manière dont ce concept a été utilisé et les différentes observations qui en découlent afin de mieux cerner ce processus et quels sont les moyens que les sujets peuvent utiliser afin de devenir résilients.
Enfin, j'essayerai de comprendre de quelle manière, en tant qu'éducateur, nous pouvons utiliser ce concept dans notre travail au quotidien, et par là, quelle est la place que nous pouvons avoir, en tant que professionnel, dans l'accompagnement de l'enfant vers ce processus de résilience.
Je tenais à préciser que depuis le début de mes recherches, j'ai entamé un travail quant à ma propre capacité de résilience et mes facteurs de protection. Depuis j'ai pu me détacher des situations dans lesquelles je me retrouvais et avoir un regard professionnel dans mes pratiques.

I. De quoi parle- t-on au travers du concept de résilience ?


1° Définition de la résilience

Le terme de résilience vient du latin " resilire " qui signifie ressauter. Il est utilisé en science physique pour définir la résistance aux chocs d'un matériau. On dit ainsi, que la coque d'un sous- marin est résiliente, lorsqu'elle se révèle capable de supporter des pressions considérables lors de ses plongées et lorsqu'elle reprend sa forme primitive.

Dans la langue anglo-saxonne, le terme " résilience " décrit la capacité de réussir de manière acceptable, dans les normes instituées par la société Judéo-Chrétienne en dépit du facteur stress, qui peut comporter le risque grave d'une issue négative. Ainsi la résilience correspond aux capacités des sujets confrontés à des stress quotidiens tout au long de leur existence, de pouvoir mettre en jeu des mécanismes adaptatifs leur permettant de " tenir le coup " tout en rebondissant afin de tirer un certain profit d'un tel affrontement.

Selon le dictionnaire historique de la Langue Française, le terme résilier est étymologiquement constitué de re (indiquant le mouvement en arrière, le retrait) et Si lire (sauter, bondir). La signification littérale de la résilience est donc de sauter en arrière, se rétracter.


Aussi, la résiliation est l'acte par lequel on met fin à un engagement, à une prouesse, à un contrat. La résiliation se situe donc dans un processus de désengagement.
La résilience ne peut se traduire par une simple capacité de résistance qui véhicule l'idée d'une rigidité, mais évoque davantage les propriétés de souplesse et d'adaptation.

Il ne s'agit donc pas de réduire ce phénomène à " l'invulnérabilité ", qui pourrait correspondre à une résistance au choc mais également signerait un état pouvant entraîner la paralysie du sujet : une carapace solide mais impénétrable et débouchant sur la rigidité, ce qui s'éloigne de la souplesse nécessaire à la résilience.

Il apparaît dans le domaine de la psychologie, que dans les années soixante aux Etats Unis. Anna FREUD et R.SPITZ ont été les premiers à parler du principe de résilience, sous la forme de capacité de " reprise de développement ".
En effet, pendant la deuxième guerre mondiale, ceux-ci ont décrit des enfants orphelins dont les parents avaient été victimes des bombardements à Londres. Tous ces enfants apparaissaient réellement traumatisés dans un premier temps : troubles autistiques, balancement, encoprésie... Cependant, quelques années plus tard, les deux psychanalystes ont été étonnés de voir à quel point ces enfants avaient " récupéré ".
Ils ont alors décrit quatre stades par lesquels passeraient les enfants abandonnés :La protestation, le désespoir, l'indifférence (ces trois stades étant jusqu'alors déjà identifiés) puis la guérison (ce qui est alors novateur)1

2° Les précurseurs de la résilience

L'utilisation du concept de résilience en psychologie et psychopathologie demeure encore assez récente en France.
Les premiers travaux s'appuyant sur ce concept viennent des pays anglo-saxons et nord- américains. Je citerai parmi les précurseurs de cette approche, des chercheurs anglo-saxons comme WERNER2 qui a entrepris des recherches dans ce domaine entre 1982 et 1992 ; RUTTER3 (1981 ; 1993) ; GARMEZY4 (1985 ; 1993) ; FONAGY5 (1994 ; 2001) ;
HAGGERTY, SHERROD et AL.6 (1996) ; mais également des auteurs francophones comme CYRULNIK7 (1999; 2003) ; GUEDENEY8 (1998) ; MANCIAUX9 (1999 ; 2001) ou LEMAY10 (1999) au Québec.

Certaines revues de littérature où les travaux d'Emmy WERNER ont été diffusés, perm de situer l'émergence de ce concept au début des années 1980. Cependant, certains chercheurs considèrent que les racines de ce concept sont plus anciennes, et sont présentes notamment dans les premiers travaux sur l'attachement. MANCIAUX et al. (2001) font référence à l'utilisation du terme de résilience par BOWLBY pour designer " le ressort moral, qualité d'une personne qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre "11 .

D'autres auteurs, s'inscrivant dans la lignée psychanalytique, considèrent que FREUD avait posé les bases épistémologiques de cette approche, mais en ayant recours à une terminologie différente, notamment autour du concept de sublimation.

En psychologie du développement et en psychopathologie, GARMEZY et RUTTER ont posé les bases théoriques et les principes méthodologiques des recherches dans ce domaine (notamment à partir de leur ouvrage : Stress Coping and development in children, 1983).

GARMEZY et al. (1996) ont pris comme objet d'étude ce thème, avec de nombreux chercheurs qui ont participé aux développements théoriques de l'approche de la résilience chez l'enfant et ont permis sa diffusion dans les applications théorico- cliniques contemporaines.
Aujourd'hui, cette notion est très répandue à l'étranger : en Amérique Latine, on peut trouver des " instituts de résilience ", en Hollande et en Allemagne, existent des universités de résilience.

Aux Etats Unis, le mot est employé couramment : les deux tours du World Trade Center ont même été surnommées les " Twin Résilient Tower " par ceux qui sont pour leur reconstruction !
En France cependant, ce terme se fait timidement connaître et cette notion reste encore peu familière chez les professionnels de l'enfance...
La résilience vient contrecarrer les idées d'hérédité transgénérationnelle déterminante.
Elle révèle des situations de personnes à l'histoire difficile, morcelée et qui pourtant, ont rebondi et sont devenues des adultes stables et épanouis.
Elle diffère des notions de résistance, de clivage et de déni dans la mesure où elle souligne l'aspect adaptatif et évolutif du moi.

3° Les Travaux d'Emmy WERNER.

La psychologue américaine WERNER est reconnue comme ayant joué un rôle majeur dans l'approche de la résilience, à travers la recherche qu'elle a mené auprès des enfants de Kauai( archipel de Hawaï)12
Ses travaux se sont appuyés sur une recherche longitudinale portant sur l'étude et le devenir d'un ensemble pluri-éthnique de 545 enfants suivis sur une période de 32 ans.
La population étudiée s'est composée de sujets suivis depuis la naissance jusqu'à l'âge adulte, vivant en situation de grande précarité environnementale, du point de vue des conditions socio- affectives ( pauvreté, violence, discorde et psychopathologie parentale...).
WERNER et son équipe, ont observé qu'un certain nombre de ces enfants s'accommodaient de l'environnement défaillant, en témoignant d'une adaptation sociale parfois remarquable et d'une capacité de rebondir après avoir vaincu et dépassé des situations délétères, caractéristiques d'un fonctionnement résilient.13
Bien que ne portant pas initialement sur la résilience, cette recherche longitudinale a beaucoup alimenté les recherches sur la résilience, en soulignant en premier lieu, sa réalité clinique.
Les observations de cette étude ont contribué à poser les bases d'une analyse du fonctionnement de la résilience, en soulignant la dynamique du processus résilient, son évolution au cours du développement du sujet.
Emmy WERNER a ainsi décrit et étudié la résilience, comme résultant d'un équilibre évolutif entre la confrontation aux éléments délétères ou stressants du milieu, la vulnérabilité et les facteurs de protections internes du sujet (tempérament, aptitudes cognitives, estime de soi...) et externes (sources non officielles de soutien, telles que la famille élargie, le quartier et les ressources communautaires).
Par là Emmy WERNER est la créatrice du concept de résilience et ce sont ces enfants de l'archipel d'Hawaï qu'elle a nommé résilients. Elle a utilisé le terme de résilient, pour ne pas réutiliser celui d'invulnérable, parce qu'elle voulait inventer un mot nouveau, et ainsi ne pas marcher sur les plates bandes des psychiatres14.

4° Emergence du concept de résilience.

Dans la littérature spécialisée, on peut rencontrer différentes définitions et approches de la résilience, que ce soit pour des individus ou pour des groupes.

Une première approche de la résilience tendra à dire que c'est la capacité de sortir vainqueur d'une épreuve qui aurait pu être traumatique, accompagnée de forces nouvelles.
La résilience définit la capacité d'adaptation face aux situations adverses.

Durant mon dernier stage de découverte de 3ème année en maison d'enfants, j'ai connu un enfant E, scolarisé en classe de 6ème et dont la mère se prostituait. Cet enfant s'investissait principalement au niveau de l'école, et j'émis l'hypothèse que c'était pour lui une manière de surmonter l'adversité du placement d'une part, la détresse de la mère d'autre part, ainsi que l'absence du père, et que l'école par là, pouvait être pour lui un moyen de résilier.

Ainsi, parmi les innombrables définitions faites pour aborder ce concept, je citerai celle de l'éthologue, psychanalyste Boris CYRULNIK émise en 1999 qui rappelle que la résilience en psychologie est souvent définie " comme la capacité à réussir, à vivre, à se développer
positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d'une adversité qui comporte normalement un risque grave, une issue négative "15

La résilience se réfère ainsi à un processus complexe émanant des interactions de l'individu avec son environnement :

C'est notamment le cas de M que j'ai pu rencontrer. M est actuellement étudiant en Deug d'anglais et pourtant son issue dans la vie semblait être problématique.
En effet M a vécu 16 ans en foyer, avant de retrouver sa mère qui accepta de s'en occuper (il avait 16 ans) et qui décéda 2 années plus tard d'un cancer, au moment où M préparait son baccalauréat. Signalons que M n'a jamais connu son père. Par la suite il fit la rencontre de D une jeune fille dont il tomba amoureux, qui lui donne un environnement positif malgré tout ce qu'il avait pu vivre jusqu'ici.
Cependant CYRULNIK précise que pour qu'il y ait résilience, il faut qu'il y ait eu confrontation à un traumatisme.

Dans cette perspective, DE TICHEY en 2001 indique " qu'un consensus semble établit pour définir la résilience, comme la capacité de l'individu de se construire et de vivre de manière satisfaisante, malgré la difficulté et les situations traumatiques auxquelles, il peut se trouver confronté "16

C'est notamment je crois le cas de M qui poursuit des études supérieures avec pour projet de devenir instituteur.

5°Les caractéristiques de la résilience.


La résilience est une capacité d'adaptation qui n'est jamais absolue.
Elle peut être variable selon les circonstances, les histoires de vie, le temps.
Elle se construit dans l'interaction d'une personne avec son entourage.
Les protagonistes considèrent que la résilience a deux composantes principales : la résistance à la destruction et la capacité de se construire positivement.
La résilience comporte implicitement une dimension éthique. Surmonter des difficultés ou vivre bien dans des conditions difficiles, impliquent de distinguer ce qui est mieux ou pire. Il s'agit là de rester dans le cadre des lois et de la morale ambiante. La résilience se situe également dans un contexte social et culturel .


Exemples : La résilience est un thème qui a déjà été énormément traité dans la littérature fantastique : Poil de Carotte, Tarzan, Remi sans famille...
Dans la " littérature religieuse " notamment, c'est Joseph vendu par ses frères, esclave en Egypte, jeté en prison sur une fausse allégation de harcèlement sexuel et devenu superintendant du royaume d'Egypte, l'un des plus prestigieux de cette époque. C'est également David persécuté par le roi Saül, et qui est si résilient qu'il devient à son tour roi d'Israël.

Ce processus se retrouve également dans les témoignages de personnes célèbres. Par exemple, il aura fallu cinquante ans à Monique Serf, dite " Barbara ", pour parler de cet épisode, pourtant central dans sa vie. Elle donne, par son témoignage, des indications sur le processus de résilience, en réalité le combat pour la vie qui a été le sien, montre l'importance fondamentale de la parole et de l'écoute données à l'enfant :
" De ces humiliations infligées à l'enfance, de ces hautes turbulences, de ces descentes au fond du fond, j'ai toujours ressurgit. Sûr, il m'a fallu un sacré goût de vivre, une sacrée envie d'être heureuse, une sacrée volonté d'atteindre le plaisir dans les bras d'un homme, pour me sentir un jour purifiée de tout, longtemps après. "17 (Barbara).

Par ce témoignage " Barbara " démontre que la résilience n'est pas un filtre magique qui rendrait insensible et invulnérable. La résilience est un long processus, un chemin tortueux et complexe, fait de souffrances mais aussi d'espoirs et de rencontres, de moments de partage et de bonheur.

6°Fonctionnement du processus psychique de la résilience

La résilience suppose en amont la survenue d'un traumatisme unique ou multifactoriel et en aval une aptitude du sujet à le surmonter (DE TICHEY, 2001).
En termes de risques psychiques, le contexte traumatogène est marqué par des risques qui peuvent être variables dans leurs expressions.

Selon BOURGUIGNON, la résilience résulte d'un processus de négociation de ce risque. Pour cet auteur, les facteurs protecteurs qui permettent la résilience se comportent comme des mécanismes médiateurs.

Sur le plan intra psychique, la résilience suppose à la fois le recours à des mécanismes de défense adaptés, mais également de faire un travail de mise en sens ou mentalisation.
La mentalisation correspond à "la capacité à traduire en mots, en représentations verbales partageables, les images et les émois ressentis, pour leur donner un sens communicable, compréhensible pour l'autre et pour soi d'abord "18.

Selon cet auteur, le travail de la pensée sur elle-même, permettant de traduire les excitations en représentations partageables, est une condition du fonctionnement résilient à long terme.
La mentalisation constituant le processus intra psychique essentiel, qui fonde la capacité de résilience.

DE TYCHEY considère qu'un processus de mentalisation se construit très tôt, à travers la qualité de la médiation maternelle ou de son substitut.
Du point de vue intra psychique, le processus de résilience dépendra principalement de deux paramètres :
La rigidité ou la souplesse des mécanismes de défense du moi, pour faire face au déplaisir du traumatisme.

La capacité d'une élaboration mentale, c'est à dire la mise en mots, en récit du vécu traumatique et des émotions qui lui sont liées (travail de mentalisation).

Clinique et limites de la résilience.


Le modèle de la résilience imprègne depuis quelques années les pratiques cliniques, qu'il s'agisse d'accompagnements éducatifs, scolaires ou psychothérapiques. Mais beaucoup reste à explorer autour de ce modèle, du point de vue théorique, mais plus encore dans ses applications cliniques. Ainsi une grande prudence, il me semble, reste de mise.

Que serait une aide, qui ne prendrait pas suffisamment en compte les aspects violents d'un recours, vaille que vaille, à la résilience des sujets, en dénigrant la souffrance possible de la mise en place du processus résilient ? Etre résilient ? Oui, mais à quel prix ?

En tant que futur professionnel, je ne perds pas de vue que des troubles psychologiques, voire psychopathologiques, peuvent donc être associés à des comportements relevant de la résilience, ce qui fait dire ainsi à certains auteurs, qu'il y aurait un prix à payer pour le développement de la résilience.

Ainsi BOURGUIGNON considère qu'en face d'événements dangereux, " il n'y a pas d'immunité au stress mais seulement différents modèles de réponse plus ou moins adaptés. Si chaque enfant parvient à réagir à l'adversité cette survie a toujours un coût ".19

Résilient, mais blessé.

Il me paraît important de relever, que la notion de résilience ne tend en aucun cas, à définir une sorte d'invulnérabilité de l'être humain.

Celle-ci définit une capacité à " rebondir face aux coups " et non pas une " aptitude au bonheur ". B. CYRULNIK utilise à ce propos une figure de rhétorique pour le rappeler : celle de l'oxymoron (principe qui consiste à associer deux termes antinomiques comme le " merveilleux malheur ", titre d'un de ses ouvrages). Le résilient n'est pas un surhomme, il n'est pas d'acier et ne peut échapper à l'oxymoron comme l'auteur le rappelle.

L'oxymoron décrit le contraste de celui qui, vivant un grand traumatisme, s'y adapte. " La partie de la personne qui a reçu le coup souffre et se nécrose, tandis qu'une autre, mieux protégée, encore saine mais plus secrète, rassemble avec l'énergie du désespoir, tout ce qui peut donner encore un peu de bonheur et de sens à vivre "20 .
L'oxymoron est alors la caractéristique des individus blessés mais résistants, souffrants mais heureux d'espérer quand même.
" La résilience définit le ressort de ceux qui, ayant reçu le coup, ont pu le dépasser. L'oxymoron décrit le monde intime de ces vainqueurs blessés "21
Si ce concept est en quelque sorte " à la mode " ces dernières années, il ne s'agit cependant pas de le dogmatiser et ainsi de ne penser qu'à travers ses principes.

Toutefois, à mon sens, il peut permettre aux professionnels de tirer d'autres lignes d'action, de pratique. Il vient bouleverser, en quelque sorte, les pensées figées des répétitions transgénérationnelles.

En outre, il n'est pas le fruit de spéculations pleinement intellectuelles et psychologiques. Le concept est issu de la pratique et de constats effectués sur le terrain.

Il me semble enfin, que ce nouveau concept a le mérite de proposer une vision positive, laissant entrevoir que tout est encore jouable.
Cette vision, certes optimiste, permet d'une part de redonner confiance à ceux qui sont en difficulté et d'autre part à soutenir le travail des professionnels.




II. Comment ce concept a- t –il été étudié dans différents domaines et quels seraient les facteurs contribuant à la résilience ?



1°Protection et facteurs de protection

Pour ma part, les facteurs de protection sont essentiels à la construction de la résilience.
Aussi je pense, qu'avant de trouver la place, que nous devons occuper dans cet accompagnement de l'enfant vers la résilience, il serait important d'avoir une approche et une certaine compréhension de ce que l'on nomme facteurs de protection.

Ces éléments pourront nous servir de base théorique, dans la compréhension et l'analyse de certains comportements des enfants, afin d'émettre des hypothèses quant à la prise en charge et aux projets individuels.

Une approche des facteurs de protection :


Nous allons à présent examiner, ce que l'on entend par facteurs de protection, dans le cadre de la résilience.

Selon RUTTER, les facteurs de protection modifient les réactions, vis à vis de situations pouvant générer un risque, en réduisant ce risque et ainsi toutes les réactions négatives, qui peuvent résulter de ce risque.22

Aussi, des investigations sur ces facteurs de protection font apparaître, qu'une protection résulte à la fois des variables génétiques, des dispositions et caractéristiques de la personnalité (le tempérament), des appuis du milieu (familial et environnemental) ainsi que de la disponibilité, de l'accessibilité et de la qualité des appuis sociaux.

Il est indéniable, qu'il ne s'agira pas dans mes investigations de dresser une liste exhaustive des facteurs de protection. Cependant il semble pertinent d'évoquer les variables des facteurs de protection qui sont considérées comme susceptibles d'influencer la résilience (observations de praticiens et de chercheurs).

En ce sens GARMEZY et MASTEN en 199123, à partir d'une revue de la littérature scientifique, ont identifié les principales variables qui selon les chercheurs favorisent la protection chez les sujets résilients. Elles sont de trois ordres : individuel, familial et extra- familial.

Les facteurs de protection individuelle :

Sentiment d'auto- efficacité et d'estime de soi

Compétences sociales

Conscience des relations interpersonnelles

Sentiment d'empathie

Humour

Attrayant pour les autres (charme, charisme)





Les facteurs de protection familiale :

Parents chaleureux et soutien parental

Bonnes relations parents / enfants

Harmonie parentale (forme d'entente)


Les facteurs extra- familiaux :

Réseau de soutien social (fratrie, pairs ...)

Expériences de succès scolaire



Boris CYRULNIK classe également ces facteurs en trois catégories, qui rejoignent pratiquement celles décrite par GARMEZY et MASTEN.

Pour lui, il s'agira d'abord des facteurs personnels, où l'on ne peut échapper à la notion de tempérament : certains enfants sont dotés d'une forme de courage et d'une capacité d'adaptation exceptionnelles.
Cependant, il faut aussi remarquer les possibilités de certains, à développer des capacités de maîtrise de la situation, leur permettant de prendre de la distance avec les traumatismes, dont ils sont victimes. Ainsi CYRULNIK, autour de ce qu'il nomme facteurs personnels, aborde également l'humour et l'estime de soi ou la confiance en soi, en rajoutant cependant la sublimation, l'altruisme et la religion comme moyens de défense face aux traumatismes.

Ensuite il définit les facteurs environnementaux.

Pour CYRULNIK, ces facteurs sont essentiels. Il parle également de tuteurs de développement, dans son ouvrage " un merveilleux malheur ". Ces tuteurs, peuvent être la rencontre avec un personnage initiateur, avec lequel l'enfant peut développer des liens significatifs.
Certains ont pu trouver chez d'autres personnes (famille, voisins, école etc.), une compréhension, une empathie, un soutien continu.

Si l'enfant se lie avec une personne, qui croit en lui et qui lui fait confiance, il peut reprendre un développement " normal " car, il a quelqu'un pour qui le faire.

B. CYRULNIK donne l'exemple de la scolarité : un enfant maltraité, est d'une certaine manière hébété par sa situation et par conséquent, fait souvent preuve d'une intelligence dite retardée.
Cependant, s'il rencontre une figure d'attachement, il pourra alors s'investir à l'école : il aura quelqu'un à qui raconter, pour qui le faire. Il lui faut quelqu'un pour qui travailler, pour que l'école prenne sens. Il en est de même pour la question de l'alimentation par exemple, chez le nourrisson.

Sans oublier les appartenances à des groupes, une intégration réussie pouvant constituer un facteur de protection.


Enfin, il aborde les facteurs d'ordres familiaux comme élément primordial de protection.

Ainsi nous pouvons constater, que les facteurs de protection que j'ai pu répertorier, sont de nature différente ; certains sont internes au sujet et concernent ses ressources propres, d'autres dépendent de l'interaction avec l'environnement (famille, groupe, ou communauté) .


La résilience n'est pas donc uniquement à chercher dans la personne, dans la famille ou dans l'environnement de la personne victime ; en fait elle se " tricote " autour et entre ces trois agents.


La résilience est conjoncturelle : on n'est pas résilient seul, on ne l'est pas non plus tout le temps. On ne peut donc pas l'objectiver à un moment précis, puisque c'est une théorie de vie qui se noue et se dénoue, continuellement...






2° Résilience et mécanismes de défense


Le fonctionnement psychique de la résilience peut être considéré comme résultant de la mise en jeu des modalités adaptatives et de régulations psychiques de l'individu face aux bouleversements du trauma.

Aussi, on pourrait se poser la question, de la place des mesures défensives dans le fonctionnement résilient.
En effet, chaque enfant a en lui des pulsions, des besoins insatisfaits, des peurs et des angoisses.
Lors de traumatismes, les nombreuses blessures accumulées, créent des mécanismes de défense importants, et il est nécessaire de lutter contre l'angoisse en permanence. Ainsi, cette question m'invite à faire un détour, parmi les théories concernant les mécanismes de défense.
Les mécanismes de défense permettent à l'enfant de lutter contre cette angoisse permanente.
Les défenses ne sont pas spécifiques d'une structure, même si on a pris l'habitude de considérer le déni (de la réalité), l'identification projective ou le clivage comme plutôt spécifiques des psychoses et le refoulement, l'annulation rétroactive, la dénégation, l'identification et les formations réactionnelles spécifiques aux névroses.24
Cela dit, on peut trouver tous les mécanismes de défense dans presque toutes les pathologies, mais aussi chez " les biens- portants ". Il s'agit d'une question de quantité.
Pour ma part, avoir en tête ces mécanismes de défense est important pour l'éducateur, (sans pour autant se prendre pour un psychiatre, il doit impérativement rester dans ses domaines de compétence, car sortir de sa fonction peut s'avérer dangereux, au quotidien, avec les enfants..).
Pourquoi important disais-je ?
Il me semble que chaque sujet, pourra faire appel de manière différente, au répertoire des mécanismes de défense mis à sa disposition.
Par là j'émettrai l'hypothèse, que ce serait l'ensemble des mécanismes de défense, qui pourrait être le constituant potentiel d'un rempart défensif du sujet et ainsi constituer des dispositifs défensifs intra psychiques, susceptibles de favoriser la résilience chez l'enfant.
Les mécanismes de défense pourraient alors constituer un élément de réponse pour l'enfant, face aux situations traumatogènes...

3° Les critères du processus résilient.


RUTTER25 dans ses travaux, réalisés entre 1985 et 1996, a distingué trois caractéristiques principales chez les personnes développant un comportement de résilience, face à des conditions psychosociales défavorables : il considère que ces personnes, face à des situations d'impuissance et d'absence d'aide, accompagnant habituellement des situations de stress et d'adversité, mettent en exergue d'autres processus comportementaux, faisant appel à des modes de fonctionnement spécifiques prenant appui sur des mécanismes d'élaboration de la pensée.
Selon lui, la personne dite résiliente, concilie trois caractéristiques :

Prise de conscience de son auto- estime (ou auto- appréciation) et du sentiment de soi.

Cet aspect renvoie à l'estime de soi, c'est à dire aux caractéristiques par lesquelles le sujet peut se définir et avoir le sentiment de sa propre valeur. RUTTER considère comme nécessaire, l'existence d'un bon développement de l'estime de soi, chez les individus résilients.

L'estime de soi pouvant se définir comme, l'image que l'individu se forge de lui-même et le sentiment de sa propre valeur, se traduit à travers un ensemble d'attitudes et d'opinions, que les individus mettent en jeu dans leurs rapports avec le monde extérieur.

L'estime de soi recouvre une disposition mentale, qui prépare l'individu à réagir selon ses attentes de succès, son acceptation et sa détermination personnelle. Elle indique, dans quelle mesure l'individu se croit capable, valable, important.

Selon ANDRE et LELORD26 (1999) l'estime de soi comporte trois dimensions : l'amour de soi (le coté narcissique de la personne), la vision de soi et la confiance en soi.

Elle est donc variable chez les individus au cours de leur développement et selon les situations.


La conscience de son efficacité

C'est une caractéristique qui correspond chez l'individu, à la croyance et à la confiance dans cette capacité, à faire la différence entre une action réussie et les étapes nécessaires pour y parvenir. L'individu résilient, aurait donc tendance à voir surtout les aspects positifs qu'il rencontre dans sa vie et à avoir confiance dans ses capacités, à résoudre la majorité des problèmes de son existence.

Le sentiment d'auto- efficacité permet l'anticipation et les projets, il renvoie à la conviction que possède l'individu, d'avoir les capacités requises pour réussir une tâche déterminée. Ce sentiment rejoint pour partie, la confiance en soi.

C'est, je crois, notamment le cas de L jeune de quartier, que j'ai rencontré avant mon entrée en formation d'éducateur.
Ce jeune était à l'époque en échec scolaire et vendait de la drogue, car il trouvait ce moyen facile pour gagner de l'argent. Par la suite il eut des démêlés avec la justice et se retrouva avec de la prison avec sursis. Il me disait qu'il était " foutu ", car il ne savait que faire cela, vendre de la drogue. Cependant il était plutôt doué en sport et cette conscience de l'efficacité dans ce domaine, lui permit de pouvoir suivre une formation d'éducateur sportif, cette confiance en lui au niveau du sport, et la rencontre avec un Maître Nageur Sauveteur le poussant dans cette voie, car il avait repéré en lui un potentiel, lui permit d'aller au bout de cette formation et de trouver un emploi stable et légal.


Un répertoire d'approches de résolution de problèmes sociaux.

Ce dernier point se réfère, à l'expérience et à la capacité pour l'individu résilient, de s'appuyer sur des expériences personnelles, familiales ou extra familiales ( dans l'entourage proche de l'individu) suffisamment positives, ou reconnues socialement comme telles.

Ainsi ces caractéristiques, faisant référence à une description d'un processus psychique et comportemental, apparaissent intimement liées dans le fonctionnement du sujet résilient.

RUTTER souligne le rôle fondamental des ressources internes de l'individu, face à des conditions extérieures défavorables et sa capacité à tirer profit des potentiels environnementaux extra- familiaux, lorsque la famille est défaillante. 27
Dans cette perspective, certains auteurs considèrent que la résilience, réside plus dans l'appartenance d'une personne à un contexte social et relationnel sur lequel elle prend appui, plutôt que dans ses caractéristiques individuelles en tant que telles.

Pour illustrer ce propos, je prendrai l'exemple de A, enfant que j'ai suivi lors de mon dernier stage pratique, dans une maison d'enfants. A, a été placé, car il se trouvait en danger dans sa famille : père abandonique et mère alcoolique, sans profession, qui le battait à la maison.
J'ai pu constater qu'il avait puisé des ressources en dehors de la famille, pour survivre.
Cet " en dehors ", était l'école.

En effet A, élève en classe de 6ème, était un très bon élément et s'attachait à respecter toutes les tâches que l'école demandait : travaux, devoirs, respect des règles de cette institution...

De plus, je remarquais qu'il avait un tissu relationnel d'amis assez important et que l'école lui procurait du plaisir. Par là, j'émets l'hypothèse, que l'école à ce moment de son existence, devient pour lui un contexte social et relationnel positif, sur lequel A prend appui pour s'en sortir.

4°Critères et facteurs de résilience

Facteurs de résilience et profil de résilience

Les questions que je me suis posées, en tant que futur éducateur, sont :
Qu'est-ce qui favorise l'émergence de la résilience ?
Est- ce que l'on peut parler en termes de facteurs de résilience ?
Quels en seraient les principaux critères chez l'individu ?

Tout au long de ma formation d'éducateur et notamment lors de mes différents stages pratiques, j'ai pu observer différents facteurs de protection auprès de jeunes que j'ai côtoyé, et il semblerait qu'ils pourraient être propres à la résilience.

Ces facteurs sont les suivants :

L'attrait de séduction envers les pairs et les adultes

C'est notamment le cas de P, jeune fille que j'ai suivi durant mon premier stage de découverte de première année à L'IME St Joseph de Guebwiller, dans le Haut Rhin. Souvent P me sollicitait dans la prise en charge, et me demandait de l'accompagner pour les travaux scolaires, durant des activités sportives ou culturelles.

Je me souviens notamment d'un mois de janvier où P appréhendait, un stage en milieu professionnel en Boulangerie. Aussi le premier jour de son stage, elle me sollicita dans la relation afin que je la rassure dans mes mots, et notamment au niveau de son estime. C'est ainsi que ce stage a plutôt été bénéfique pour elle, dans la mesure où elle a pu mettre en mots ses ressentis, ses peines, ses angoisses.
Un transfert positif s'était établi, et je fus un adulte référent auprès duquel, elle a pu déposer quelque chose de l'ordre d'une capacité, à travers ce lien qui lui a permis de pour surmonter une situation plutôt difficile au départ.
Ainsi un jour, je lui demandais pourquoi elle ne venait que me solliciter, moi et pas les autres adultes, qu'elle fréquentait toute l'année.

Elle me répondit qu'elle m'appréciait énormément, que je la comprenais plus que les autres et surtout que je ne la jugeais pas. Elle me fit comprendre que j'étais un adulte, sur qui elle pouvait compter et qu'elle appréciait la façon dont j'abordais les soucis et les problèmes auxquels elle était confrontée.

La stabilité de l'attention

Il est important qu'un enfant ait une certaine stabilité, lui permettant d'avoir de l'attention, que ce soit dans la relation, dans le travail scolaire ou encore pendant des activités diverses, qu'il a la possibilité de réaliser.

Sans cette stabilité de l'attention, l'enfant connaîtra des difficultés dans la réalisation de ce qu'il entreprend et pourra ainsi connaître des échecs pouvant lui faire perdre confiance en lui, atteignant ainsi son estime de lui-même.

Lors d'un stage en hôpital de jour, je me rappelle de G, enfant qui ne pouvait pas rester en place.

En effet, il ne pouvait pas se concentrer sur une seule tâche. Il n'arrivait pas à finir un bricolage, un jeu ou un goûter, car dès que quelque chose se passait, il voulait toujours être le premier à tout savoir sur tout et il voulait participer à toutes les activités, mais vite et en même temps !

Aussi, souvent, il en arrivait à la conclusion qu'il était un incapable et qu'il ne savait rien faire.

Pour cela je lui proposais un jour (en accord avec l'équipe), de l'emmener seul en salle de peinture (afin de l'isoler des autres enfants) et de faire un bateau avec différents matériaux comme du carton, du contreplaqué etc.

Je constatais que son attention était un peu plus longue que d'habitude, étant donné que nous étions seuls dans la salle. Il put ainsi réaliser en trois séances d'une demi- heure, un catamaran qu'il s'empressa de présenter à tous ses camarades.
J'étais satisfait, car ce cadre m'a permis de canaliser G lui donnant l'occasion de réaliser dans sa totalité un objet, ce qui pouvait lui donner la satisfaction d'avoir pu terminer quelque chose.

Cependant il était clair, que jusqu'à présent il n'y avait qu'un cadre, comme celui d'une relation exclusive, qui lui permettait de mener à terme une activité.

Il est important, que cette stabilité de l'attention se construise chez l'enfant, car elle contribuera à son autonomie et à son développement.




La capacité à résoudre les problèmes :

Dans le cas de P, en allant chercher du soutien chez l'adulte elle, a pu avec un accompagnement rassurant, dépasser ses craintes pour réaliser un stage positif en milieu professionnel, c'était sa manière à elle de résoudre ce problème.
Mais pour cela, il lui fallait avoir un minimum de compétence, dans le domaine concerné.

Compétence, manifeste et perception de l'efficacité (auto- efficacité.).


Il s'agira là pour l'enfant, d'avoir conscience de l'efficacité qu'il pourra avoir dans différents domaines scolaire, culturel, sportif etc. Cette perception de son efficacité, va lui permettre de renforcer sa confiance et d'avancer plus positivement dans la vie.

C'est le cas de L (que nous avons vu en amont) qui, grâce à la rencontre avec un Maître Nageur, a pu prendre conscience de son efficacité dans le domaine sportif, lui permettant de faire une formation professionnelle dans le domaine aquatique.


5°Le positivisme du concept de résilience


Croire au concept de résilience amène à mon sens, un regard positif.
En effet, force est de constater que bien souvent lors des stages, que j'ai pu effectuer tout au long de ces trois années, j'ai pu rencontrer des éducateurs aigris par la profession et dont le leitmotiv se limitait à " de toute façon, pourquoi se tracasser, pour celui là, il n'y a rien à faire, il est irrécupérable! "

Par là, le concept de résilience vient contrecarrer l'idée de l'issue fataliste, d'un destin déjà joué : Et bien non, rien n'est joué et cela est une conviction personnelle qui me conforte dans mon métier ; pour ma part, malgré les difficultés de la vie, il y a toujours une issue de secours possible.

L'espoir qui reste à l'éducateur, est d'accompagner les personnes accueillies, afin que d'un commun accord, nous les aidions à trouver cette sortie de secours, mission quotidienne je crois de l'éducateur (sans pour autant s'enfermer dans l'idée utopiste, que nous pouvons sauver le monde).

Le modèle de la résilience, propose une perspective nouvelle, des prises en charge des jeunes et des familles dites " pudiquement en difficulté ". Il encourage les intervenants, psychologues, travailleurs sociaux, mais aussi soignants, éducateurs et enseignants, à prendre en compte et à mobiliser les capacités des jeunes et des familles.

Cela donne lieu à diverses tentatives d'utilisation de techniques et de dispositifs empiriques, visant à développer la résilience chez les sujets.

Les interventions s'appuient aussi bien, sur des méthodes d'entretien à visée thérapeutique, que sur la construction et l'utilisation de techniques spécifiques, destinées à aider les sujets à développer leurs capacités de résilience.

Aussi notre objectif commun dans ces différents procédés, est d'aider les personnes à trouver des ressources en eux et à stimuler les ressorts psychologiques, pour faire face aux situations difficiles de leur vie.

Ainsi, différents chercheurs et praticiens, essayent d'explorer des méthodes d'aide auprès des individus ou des groupes, à partir de théories de la résilience.

Mais le constat est fait, qu'à l'heure actuelle, il reste encore difficile d'évaluer la pertinence et la portée réelle de ces interventions, qui demeurent en phase exploratoire.

Que deviennent les enfants qui, depuis tout jeunes, sont confrontés à un système éducatif leur étant inadéquat? Deviendront-ils des "rebuts" de la société, destinés à gonfler les rangs de ceux qu'on appelle des marginaux?

Heureusement non, en tout cas pas tous, car les enfants ont des compétences qui leur permettent d'équilibrer leur "réservoir d'espérance en la vie", en fonction des confrontations (positives ou négatives) qui se présentent à eux. Reste à savoir comment ils utilisent ces compétences et quels moyens nous mettons à leur disposition, pour les favoriser.

Il y a déjà quelques années, des chercheurs se sont demandés quels étaient les facteurs qui favorisaient chez l'enfant, ce qu'ils ont appelé la résilience, c'est-à-dire: leur capacité à réussir de manière acceptable, pour la société, en dépit d'un stress ou d'une adversité qui comporte normalement le risque grave d'une issue négative.

De ces recherches ont découlé des réflexions sur les éléments qui favorisent la résilience. Le Bureau international catholique de l'enfance (BICE) en propose cinq, représentés sous la forme d'une maison, "la casita".

Ces éléments de construction sont:

- Des réseaux informels de soutien (relations familiales " et amicales "), qui reposent sur une relation d'acceptation fondamentale de l'enfant par au moins un adulte, ou dans des cas exceptionnels par un autre enfant. Cette acceptation constituant probablement la base, sur laquelle tout le reste va s'édifier.

- La découverte d'un sens, d'une logique et d'une cohérence à la vie.

- Des aptitudes sociales (entre autres) et le sentiment de maîtriser quelque peu les
événements de la vie et de pouvoir résoudre les problèmes.

- Une image positive de soi.

- Le sens de l'humour ou un environnement dans lequel l'humour peut s'épanouir.

Ces points ne sont pas des produits miracles. Ils ne permettent pas, d'un coup de baguette magique, de transformer l'enfant en un "super-quelque chose".


Par contre, ils nous donnent un outil de travail, qui peut non seulement nous aider à réfléchir, sur ce qui peut être mis en place autour de l'enfant, pour favoriser sa résilience, mais aussi à nous aider à regarder et reconnaître les compétences personnelles de chaque enfant.
" La casita "28 :Schéma pouvant illustrer une conception de la fabrication de la résilience.
Durant le colloque sur la résilience du 5 mars 1999, à Hyères, Monsieur VANISTENDAEL29 présentait un schéma de construction, pouvant illustrer une conception de fabrication de la résilience.

La casita




Autres expériences à découvrir






1er étage


Rez- de- chaussée


Fondations



Ce schéma s'appelle la casita, en (espagnol), car cette représentation a été utilisé pour la première fois au chili.
La résilience de chaque enfant se construit comme une maison, sur un sol (besoins élémentaires), des fondations (réseaux de contact), avec des matériaux locaux (les moyens d'action correspondant aux cultures locales).
Elle aide les personnes du terrain à approfondir et systématiser concrètement leurs intuitions et leurs expériences

Surtout, la casita incite à ne pas perdre de vue, que la résilience est une construction d'ensemble et à identifier les éléments à reconstruire, au lieu de se laisser guider entièrement par les problèmes observés.






















III. Quelle est la place de l'éducateur, dans cet accompagnement vers la résilience ?


1°Le travail d'observation du sujet


En partant de l'hypothèse, qu'il y a une place pour l'éducateur dans l'accompagnement de l'enfant vers un processus résilient, il me paraît fondamental que celui-ci ait avant tout une place d'observateur. Et pour observer quoi, me diriez- vous ?

Dans la première partie j'ai énoncé le fait que les facteurs de protection que l'enfant met en place, contribueraient à un comportement résilient.

Aussi, il me semble pertinent, qu'en tant que futur professionnel de l'éducation, nous devons en tout premier lieu essayer de déceler ces facteurs de protection mis en place par l'enfant, afin de tenter de comprendre le mécanisme que l'enfant sollicite et ainsi de l'aider à y mettre du sens, pour qu'il en prenne conscience et qu'il s'en serve pour aller de l'avant et ainsi éviter, que cette protection ne se transforme en cercle vicieux en enfermant le jeune dans une protection se transformant en symptôme, pouvant éventuellement aboutir à la folie.


2° L'éducateur comme " tuteur de développement "


Dans la seconde partie de mon mémoire j'ai énoncé que dans les facteurs environnementaux, B.CYRULNIK parlait de " tuteurs de développement " que l 'enfant pouvait rencontrer dans ou hors de la famille.

" Les travaux qui s'accumulent depuis une ou deux décennies, confirment l'impression des praticiens, qui tous connaissent des histoires de cas qui montrent qu'on peut s'en sortir et que l'avenir est moins sombre, quand on dispose autour de l'enfant quelques tuteurs de développement "30
Pour cet auteur, " les tuteurs de développement " sont des personnes ressources sur lesquelles l'enfant prend appui, autres que les parents, comme un frère ou une sœur, des grands-parents, des instituteurs, des éducateurs etc. .



L'acceptation inconditionnelle de l'enfant, en tant que personne, qui lui donne la certitude d'être aimé, constitue la contribution essentielle à la résilience de l'enfant.

Mais elle ne signifie pas l'acceptation de n'importe quel comportement de l'enfant, laquelle peut être prise au contraire pour une indifférence totale.

Cette acceptation se trouve normalement, plus facilement dans des relations informelles, amis, membres proches ou éloignés, parfois des professeurs ou des personnes de la communauté environnante – que dans une relation professionnelle.

Lorsque la famille, ne constitue plus un cadre de sécurité physique et affective pour l'enfant et quand celui- ci est en manque de repères et qu'il ne peut plus s'identifier, ou trouver des ressources dans son environnement proche, la rencontre avec une tierce personne et ici en l'occurrence l'éducateur, celui-ci peut devenir une source de soutien, d'aide, permettant à l'enfant de s'acheminer vers la résilience.

Si l'enfant, même au cœur de ses souffrances, a pu trouver une présence affective, une personne qui lui a procuré chaleur, tendresse, affection, que ce soit un des parents, un éducateur, etc., il a toutes les chances de pouvoir s'en sortir, car il pourra reprendre confiance en lui et évoluer de façon positive grâce à ce soutien.

Personnellement je pense que l'éducateur, selon les situations et les enfants qu'il sera amené à rencontrer, peut prendre la place de ce " tuteur ".
Quelques fois il s'en rendra compte, ou alors il pourra être en mesure de tenir cette place sans s'en apercevoir.
L'essentiel sera que l'enfant lui accorde cette place et que l'éducateur, l'accepte sans pour autant vouloir remplacer les parents.

Dans mon travail au quotidien avec les enfants, j'ai pu constater que certains avaient besoin de ce soutien de l'adulte, pour pouvoir avancer positivement, alors que d'autres non, car malgré les placements, il y avait toujours cet attachement de sang et de cœur, auquel l'enfant s'agrippait, lui permettant de garder un espoir, de vivre " normalement ".

3°Vers l'estime de soi.

Nous avons vu précédemment, que l'estime de soi est un facteur de développement personnel, pouvant amener à la résilience.
Par là je pense, que l'éducateur a un rôle à jouer afin de favoriser l'estime de soi chez l'enfant.

L'estime de soi a une place cruciale, dans la construction de l'identité de l'enfant. Elle facilite l'acquisition de notre potentiel, comme être humain.

L'enfant qui s'estime, aura tendance à mettre ses aspirations en avant et favorisera un développement positif.

Au contraire, l'enfant dont l'estime est faible, pourra facilement renoncer à repousser ses limites. Souvent, il n'aura pas confiance, ne se sentira pas capable, et d'autres fois, il s'abstiendra de voir " grand " pour sa vie, parce qu'il aura l'impression de ne pas le mériter.
Il se retrouvera donc, dans un cercle vicieux, dont il ne découvrira pas l'issue.

Aussi un des rôles de l'éducateur dans l'accompagnement, est d'essayer d'aider l'enfant dans le quotidien à retrouver cette estime de soi, essentielle dans son développement personnel. Pour cela il devra l'accompagner de manière positive et constructive, dans différentes étapes de son développement :






Accompagner l'autre vers une acquisition d'un sentiment de confiance


Pour ma part, il me semble que tout homme a besoin d'acquérir de la confiance en soi.
Cette confiance permet de nous rassurer, de créer un état de bien être, de détente et principalement d' envisager la vie avec un certain optimisme. Il semblerait que cette attitude de base n'apparaît pas d'emblée dans notre développement.

Cette confiance se construit progressivement au fil des années, à travers de relations d'attachement et des expériences significatives.
Que ce soit chez l'adulte ou chez l'enfant, elle varie au cours de l'existence avec des alternances entre progressions et régressions.

En ce sens, je dirais que la source de l'estime de soi est puisée dans des relations d'attachements.
Aussi, toute personne se sentant aimée de manière permanente (même par une seule personne) est amenée à se représenter comme quelqu'un d'aimable, " on peut m'aimer " ce qui entraîne le fait de retrouver une valeur de soi.

Et lorsque la personne peut intérioriser ce sentiment rassurant, cela lui ouvre de nouvelles possibilités relationnelles.

Ainsi l'enfant, qui se dit " si je suis aimé par telle ou telle personne, et bien je peux être aimer par d'autres ". génère généralement en lui un certain " positivisme ". Cependant pour certaines personnes, être aimé peut constituer une source d'angoisse.


En outre, je pense que cette confiance ne peut s'établir, que si l'enfant éprouve un sentiment de sécurité psychologique et physique.

L'éducateur est une ressource à cette acquisition de la confiance et notamment dans la relation qu'il va pouvoir mettre en place avec l'enfant.

Le rôle de l'éducateur ici, est d'insuffler un sentiment de sécurité, en prenant la place d'un référent stabilisateur et notamment, lorsque cette stabilité est défaillante, comme chez certains enfants placés en maison d'enfance, où il y a une défaillance dans cette sécurité, liée à une instabilité familiale mettant l'enfant en danger.

Voici quelques éléments qui à mon sens, favoriseraient la confiance et par extension l'estime de soi chez les enfants et qui peuvent nous servir en tant qu'éducateur, comme repères dans notre travail au quotidien.

Cela pourrait paraître " couler de source ", mais quelques fois nous perdons ces éléments de vue lorsque dans notre travail nous, nous laissons " happer par nos pulsions ", " engloutir " dans un fonctionnement routinier.

Etre présent de façon chaleureuse auprès de l'enfant (l'accompagner positivement, l'encourager, pouvoir répondre à ses craintes, être un adulte repère...)

Etre un adulte en qui l'enfant peut avoir confiance (pouvoir garder des secrets de l'enfant, faire ce que l'on dit, pouvoir entendre les sollicitations de l'enfant, être à l'écoute de l'autre...)

Utiliser un langage valorisant.

Susciter la motivation de l'enfant et notamment lors d'activités ou de la vie quotidienne.

Etablir des règles, un cadre contenant clair.

Faire vivre des conséquences logiques et naturelles, suite au manquement à ces règles. ( Assurer la responsabilité des actes et des paroles à l'enfant...)

Contrôler les facteurs de stress chez l'enfant : préparer les changements à l'avance et en minimiser le nombre (l'informer de ce qui va se passer, pourquoi ? et comment ?, donner du sens...).
Aider l'enfant à trouver des façons de se calmer lorsqu'il est stressé (par une contenance physique ou par des paroles rassurantes...)

Favoriser l'expression de ses sentiments au travers de l'écoute.

Permettre une ouverture aux autres.

Encourager l'enfant à se faire des amis et à gérer lui-même ses conflits.

Faire prendre conscience à l'enfant de ses difficultés, en ménageant sa fierté et en lui donnant des moyens pour s'améliorer

L'inciter à se corriger lui-même.

L'amener à comprendre que les résultats de ses entreprises sont des suites logiques de
stratégies et de moyens utilisés.

L'aider à planifier et à être persévérant dans la poursuite de ses objectifs.

Je rajouterais, également ce qui à mon sens peut nuire à l'enfant dans la construction de son estime de lui-même.

Une pauvre estime de soi, de son environnement : parents, enseignants, éducateurs.

L'ambivalence : éprouver deux sentiments opposés à l'égard du même objet.

La surprotection.

Le laxisme : le laisser-faire.

Les mots qui blessent comme les sobriquets ou les surnoms moqueurs.

Les critiques constantes de l'environnement de l'enfant (famille, école, institution, amis).

Le découragement devant les difficultés entraînant la démotivation.


Accompagner l'enfant vers un sentiment de compétence


Il est indéniable que l'enfant ne peut faire d'apprentissages moteurs, intellectuels ou sociaux, sans avoir du succès dans ses entreprises.

L'éducateur, lorsqu'il souligne la réussite de l'enfant, consolide indirectement les acquisitions qu'il a pu faire en assurant leurs conservations.

Connaître du succès dans son entreprise, est un besoin vital chez tout être humain (permettant une consolidation de l'estime de soi).

Par là, l'éducateur doit être en mesure de faire prendre conscience à l'enfant, de ses qualités et de ses habiletés, afin qu'il puisse anticiper du succès dans une activité, qu'il va entreprendre.

Ainsi, je pense que l'éducateur peut aider l'enfant à se fixer des objectifs réalistes, adaptés à son niveau de développement et à ses capacités.

En effet, lorsque l'enfant échoue, il n'aura pas de plaisir, sera démotivé et par là diminuera son estime de soi.

Pour s'engager et persévérer dans l'activité qui le motive, l'enfant doit au préalable anticiper les étapes ou les moyens pour atteindre l'objectif qu'il se fixe.

Il est important que l'éducateur le guide dans cette planification, sans imposer sa façon de faire.
Cependant pour se réaliser dans un travail, l'enfant doit avoir une certaine autonomie, soit une capacité de faire des choix et d'en assumer les conséquences, positives ou négatives.


Lors de mon dernier stage pratique en maison d'enfants à caractère social, je me suis investi dans un projet commun en proposant à l'équipe éducative et aux enfants, de préparer un spectacle de marionnettes pour la fête de Noël de l'établissement.

Un des objectifs premier, était de trouver un support d'activité qui me permettrait d'entrer plus facilement en relation avec l'enfant, comme L qui m'évitait souvent, durant la vie quotidienne.

J'ai pu constater, que cet enfant avait du mal à s'intégrer dans le groupe et se griffait régulièrement dans le visage.

En discutant avec lui le soir, il me disait qu'il était nul, qu'il avait envie de mourir car selon ses mots " il était l'enfant le plus con de la terre ".
J'avais beau lui dire que non, qu'il était capable, cela ne changea rien.

Dès lors je pensais, que le support des marionnettes pouvait l'aider à s'investir et " positiver son estime de lui-même... "

Cependant comme le projet n'était pas obligatoire, c'est tout naturellement que L refusa de s'y investir. Je lui dis que c'était son choix et que les enfants et les adultes l'acceptaient.

Je rajoutais que je trouvais son attitude dommage. Par la suite, nous avons pu noter qu'il a pu se positionner et prendre une décision qui lui appartenait.

Une semaine après le début du projet, L (qui était d'ailleurs le seul enfant à ne pas s'être investi) m'interpella en me proposant ses services en qualité de narrateur.
Cette demande me donna l'occasion de le motiver et de positiver cette demande.

Aussi tous les soirs, il me lisait le texte qu'il aurait à dire lors du spectacle. Je l'accompagnais, le félicitais dans cet ouvrage.

Le résultat final fut très positif, car le spectacle eut un succès lors de son unique représentation et les enfants étaient très fiers de leurs productions.

Enfin L nous a tous surpris, par son investissement et sa position en tant que narrateur, car d'une part c'est lui qui avait le texte le plus important à lire et que d'autre part il dut le lire devant toute l'assemblée présente lors du spectacle, contrairement aux autres qui étaient cachés derrière un castelet(, cela ne dénigrant en aucun cas la qualité de leurs prestations.).

J'étais satisfait, car L était très fier de sa prestation et il eut les félicitations du directeur et du chef de service. Par la suite, nous avons pu constater une diminution de son auto-mutilation et il était ravi lorsque je lui faisais lire quelques lignes le soir, avant qu'il ne se couche.

L venait de (re)trouver une certaine estime de lui dans le cadre d'une activité qui lui a permis une sécurité affective et physique (Baisse de l'automutilation et nouveau statut dans le groupe).



4° Favoriser la relation sociale, l'appartenance à un groupe.


L'homme est avant tout un être social. Il semblerait que tout être a le besoin d'appartenir à un groupe (compagnon, amis, famille etc.).

Se permettre de parler, de philosopher, de rire, de chanter donc de " partager " avec l'autre, nous apporte un sentiment de complétude et nous permet d'être heureux.
Aussi être apprécié, aimé, considéré, nous aide à faire face à bien de situations traumatiques, et constituer un facteur dans le processus de résilience.

De plus, si l'environnement social est riche, le réseau relationnel dense, l'enfant pourra trouver dans les différents groupes (école, amis, activités, internats...) des agents d'identification mais également jouir d'un sentiment d'appartenance, élément important pour l'estime de soi.

Il est clair que l'appartenance à un groupe, répond à des besoins primaires de l'homme : être aimé, accepté, compris, estimé voire admiré. L'enfant en particulier, se construit dans l'action sur et par autrui. Le fait d'appartenir à quelque chose, d'y participer, procure un sentiment de sécurité, de prestige et de pouvoir.

En outre, à l'intérieur d'un groupe, chacun " joue " un rôle, a une place particulière, génératrice de reconnaissance et créatrice d'identité.

L'enfant pourra donc puiser dans un groupe, des moyens de s'affirmer et de se distinguer.
Il me semble donc, que ce sentiment d'appartenance constitue un important facteur de résilience et l'éducateur doit par là, favoriser les relations sociales sans pour autant les lui imposer.

Lorsque j'ai fait un stage en pédopsychiatrie, en hôpital de jour, j'ai fait le constat que J était toujours à l'écart et qu'il jouait toujours, tout seul. Un jour il m'avoua qu'il se sentait nul et qu'il était " une m...de " car personne ne voulait jouer avec lui. Alors, il s'isolait de longues heures durant dans un coin de la pièce, sans rien faire, à regarder les autres jouer entre-eux sans le solliciter, tandis que lui essayait de s'intégrer timidement mais les autres le rejetaient, sans que je n'arrive à comprendre pourquoi. Il n'était pas violent ni " méchant " d'une manière générale.
Un matin, durant une récréation, j'improvisais un foot dans la cour et les enfants y participaient volontiers et c'était une éclosion de rires, de bougonneries, de cris...
A un moment (essoufflé), je m'arrête et aperçois J sur un banc, en train de jouer avec son jeu vidéo.
Je sens cependant, qu'il n'est pas forcément happé par le jeu comme la plupart des enfants et j'observe qu'il jette des regards furtifs sur ses camarades, qui se ruent sur le ballon.
C'est ainsi, que je le sollicite pour participer. Il me regarde et me dit qu'il n'a pas envie. J'accepte sa décision.

C'est alors que la balle arrive au niveau de ses pieds. Je lui dis " vas y shoote dans la balle ".
Il s'exécute, pose son jeu sur le banc et se met à courir après la balle. C'est ainsi la première fois que J joua avec les autres et je pus lire une expression joviale sur son visage, il était content, et les autres ont accepté sa présence sans le rejeter.

Par là je pense, que se sentir accepté dans un groupe, engendre un sentiment d'appartenance contribuant à l'estime de soi et qui peut favoriser la résilience. Ainsi J a pu s'intégrer au sein du groupe d'enfants par l'activité " foot ".

Aussi, il me semble que l'activité peut être un moyen efficace pour permettre à l'enfant de rentrer en relation et de lui permettre de se sentir exister...

De plus, ce que les autres peuvent nous dire et par extension ce que l'éducateur peut dire à l'enfant, dans le vif de la relation, ou dans la façon dont il regarde et écoute l'enfant, la façon dont il le considère, peut aider l'enfant à se définir, à trouver une place et donner un sens à son existence.

Je pense ainsi, que l'attitude de l'éducateur, a un impact direct sur le processus de socialisation de l'enfant.

L'ouverture aux autres, l'acceptation des différences, la tolérance et la confiance, l'autorégulation des conflits, donnent le goût à l'enfant d'aller vers les autres et de s'affirmer positivement.


La violence et l'isolement (facteurs de risques), sont des moyens inadéquats que prennent certains enfants, pour s'adapter au groupe. Par là, l'éducateur peut suggérer des attitudes en concordance avec des valeurs de démocratie, de négociation, de partage.


Je pense également, que si l'éducateur surprotège un enfant, il lui donne le sentiment qu'il est incapable de faire face et il pensera qu'il devra constamment attendre des solutions de l'extérieur et qu'il ne peut s'intégrer au sein du groupe par ses propres moyens.



5° Trouver une logique, une raison et un sens à la vie


Trouver un sens à sa vie, c'est peut-être comprendre au fond de soi, que toute vie comporte un aspect positif. L'ancrage dans la réalité représente le socle de la quête du sens, préserve de l'illusion et des manipulations, y compris dans le domaine de la foi religieuse, dont les liens avec la résilience sont analysés.

La découverte du sens, peut être favorisée par de nombreuses manières. " La philosophie "31 pour les enfants, cherche à renforcer leur capacité cognitive, en développant leur pensée dans différents domaines, et en encourageant des attitudes de respect mutuel et de tolérance. Elle présente un intérêt très intéressant.
Pour trouver un sens à sa vie, l'enfant a à sa disposition, toute une gamme d'aptitudes qu'il peut exploiter ou non, et l'éducateur doit être en mesure d'accompagner l'enfant à pouvoir exploiter ces aptitudes.

Il s'agit de toutes sortes d'aptitudes relationnelles, artistiques, techniques, etc., qu'une pédagogie appropriée peut développer utilement, dans la mesure où l'individu peut et veut bien les utiliser. La formation (scolarité...) peut se révéler parfaitement inadapté, si elle n'est pas précédée d'une acceptation inconditionnelle de l'enfant et si l'enfant ne
voit aucun sens à sa vie.

L'analyse de ces rouages fait ressortir certains points :
Les domaines précités composent un ensemble appelé à s'enrichir de découvertes, d'expériences nouvelles. (Ainsi, les personnes dans différents domaines peuvent apparaître importants comme des modèles à imiter.)

La résilience est un processus intrinsèquement mouvant, elle se développe à partir d'une interaction entre la personne et son environnement. Dans un contexte de conditions locales concrètes, Les facteurs susceptibles de déstabiliser l'enfant peuvent amener à perturber le processus de résilience ; celui-ci n'est donc ni stable, ni absolu.
Il serait important que les réseaux informels (école, aide sociale à l'enfance, la prévention...) prennent en compte le concept de résilience.

Les réseaux sont à préserver impérativement, le tissu social étant menacé par tant de bouleversements.


6°L'utilisation de l'humour


L'humour, n'est pas forcément une attitude de fuite devant une réalité déplaisante, mais peut être un recul par rapport à cette réalité permettant de la transformer en un élément plus supportable. Ses composantes sont multiples, tendresse envers l'imperfection, acceptation réfléchie de l'échec, renversement de la perspective, paradoxe, jeu...

Pour favoriser la résilience, l'action sera de créer une atmosphère propice à l'éclosion de l'humour au moyen de jeux, d'activités stimulant ses composantes. Il faut un climat de confiance. En dehors de ce climat, l'humour pourrait devenir un mode d'agressivité ironique, menaçant celui qui le pratique, d'un risque d'isolement par rapport à la réalité.

L'humour reste une défense précieuse : " la représentation de l'événement traumatisant, destinée aux autres, permet de prendre de la distance, de moins se laisser entamer par l'épreuve et même d'en tirer un petit bénéfice de comédien "32


7°L'accès à la créativité, est un pas vers la survie de l'homme


Beaucoup d'auteurs, tel que l'Ethologue Boris CYRULNIK admettent que la dimension de la créativité serait un facteur pouvant constituer une résilience. Je suis en accord avec cette hypothèse, car il me semble que la créativité permet à autrui de trouver à un moment donné de son existence un sens à sa vie, un moyen de lutte, de survie.

Donner du sens à sa vie et notamment au travers de réalisations créatives dans différents domaines comme l'art, la musique, l'écriture, l'expression ... peut permettre en quelque sorte au moi du sujet, d'être en pleine ébullition, et donner la sensation au sujet que la vie vaut la peine d'être vécue : " je crée, donc je suis "

De plus, je pense que la créativité permet à l'enfant qui l'acquiert de renforcer son estime de soi.
En créant, l'enfant se valorise par ce qu'il entreprend, que ce soit du dessin, de la peinture ou de la musique car il devient acteur de ce qu'il réalise.
Cette créativité, permet également à l'enfant de s'affirmer, de s'identifier, de s'épanouir positivement et de se sentir libre face aux contraintes extérieures.

Pour ma part, la créativité chez l'enfant constitue également un facteur de protection : créer lui permet d'échapper à la réalité extérieure, souvent source de souffrance et lui donne un moyen de fuite vers l'imaginaire où tout est permis, où il pourra (re)construire une réalité imaginaire plus juste pour lui.

Mais il semblerait que la créativité est plus que cela, en effet lors de mes stages, j'ai très souvent pu constater, que la mise en mots des traumatismes vécus par les enfants, n'était pas facile pour eux car si nous y regardons bien, il est difficile d'expliquer ce qui ne va pas et ce pourquoi l'on souffre, même pour un adulte.

Dès lors, la créativité peut devenir un support à l'expression, de ce qui se passe pour l'enfant et constituer par là, un moyen plus accessible de dire autrement que par des mots, ce qui nous touche et ce qui nous affecte. Et ceci par le biais d'une autre forme de langage.



Lors de mon stage d'approfondissement en psychiatrie, j'ai effectué un stage de sept mois dans le service de pédopsychiatrie du centre hospitalier de Rouffach dans le Haut-Rhin. Durant ce stage, j'ai également fait un détachement dans une structure extra-hospitalière rattachée au service de pédopsychiatrie, au centre d'accueil thérapeutique à temps partiel, se situant à Cernay.

J'ai participé plus particulièrement à un atelier thérapeutique, intitulé " formes et couleurs ", le mercredi après midi de 16h à 17h30, avec une éducatrice spécialisée et un professeur d'arts plastiques.

Dans cet atelier, j'ai fait la connaissance de D, âgé de 13 ans. D vit chez sa mère, avec ses quatre frères et sœur et le nouveau concubin de sa mère.
Il est également scolarisé dans une sixième S.E.G.P.A33, où il est en grande difficulté de par son comportement ; refus de l'autorité de ses professeurs, manquement à certains cours, et violence caractérisée sur certains de ses camarades de classe.

Très vite, j'ai fait le constat que D aimait venir à cet atelier et qu'il était doué dans le domaine artistique.
Il prenait du plaisir à transformer la matière comme l'argile par exemple.
Un jour D, qui ne parlait jamais de ce qui n'allait pas, nous a tous surpris.
Au travers d'un auto- portrait, qu'il avait réalisé en sculpture, il semblerait qu'il ait pu nous parler de son mal- être.

En effet, il " baladait " sa sculpture en disant " voici le méchant, que personne n'aime et qui est là pour emmerder le monde ".

Je lui demandais si " le méchant " c'était lui et il me répondit " oui ", je lui rétorquai " et pourquoi personne ne l'aime ? " et il me dit " c'est surtout son papa qui ne l'aime pas, car il l'a laissé tomber et en plus il ne veut même plus le voir "

Au travers d'un atelier sculpture, nous venions de voir que D semblait avoir un sentiment d'abandon de la part de son père, qu'il vivait très mal cette séparation et que par là, il pouvait répéter ce sentiment d'abandon et de rejet, dans ses relations avec les autres comme ses camarades de classe ou ses professeurs, car effectivement la constatation était faite, qu'il avait énormément de mal à investir d'autres objets et à créer du lien avec son entourage.

A mon sens, sur la durée, le travail qui restait à faire, c'était de lui faire comprendre que ce n'était pas parce qu'il était méchant que son papa l'avait abandonné et même si son père ne l'avait pas aimé, il pourrait y avoir d'autres personnes qui pouvaient l'aimer.
D semblait avoir un sentiment de culpabilité dans la séparation avec son père, " c'est parce que j'ai été méchant que mon père m'a laissé tomber ".

Ce travail je n'ai pas pu le réaliser, étant donné la courte durée du stage.
Cependant, j'ai repris contact avec la structure pour suivre l'évolution de D.

A l'heure actuelle, D ne va plus à l'atelier " formes et couleurs " et il semblerait que D s'intègre mieux à l'école, qu'il assiste plus souvent aux cours et qu'il voudrait s'engager dans un apprentissage en cuisine (cuisinier étant le métier de son papa). D semble n'être allé à l'atelier que pour mettre en mot sa difficulté.

Souvent dans nos pratiques, nous essayons de faire parler les enfants sur leurs ressentis, leurs malaises, leurs angoisses et bien souvent nous nous retrouvons " face à un mur ".

Par là je suppose que l'éducateur, s'il veut accompagner l'autre vers une résilience, peut essayer de faire parler l'enfant de son traumatisme en utilisant des supports différents que la parole, lorsque celle-ci n'est pas en mesure de répondre.

Dans cet exemple, il aura fallu un peu d'argile et de liberté à D, pour mettre en mots des ressentis, alors que l'équipe éducative ne s'y attendait pas.

Pour ma part, accompagner l'autre dans un " rebond ", c'est aussi comprendre ce qui ne va pas, et dans ce sens, la créativité peut permettre de dire autrement ce qui se cache...

Il s'agit donc de proposer à l'enfant un cadre structurant, contenant, sécurisant, où il puisse vivre et s'exprimer.



8°Permettre à l'enfant le refuge dans l'imaginaire


L'imaginaire est un moyen prodigieux qui peut être utile à l'enfant dans des situations difficiles. Il lui permet de réfugier dans " un monde bulle ", afin de mieux supporter la réalité brutale et traumatisante de l'enfant.

En ce sens, je pense que l'éducateur doit laisser de la place à l'imaginaire qui peut également permettre à l'enfant de se reconstituer des parents idéaux, lorsque ceux-ci sont mal traitants ou pervers...

Cependant le travail qu'il reste à faire pour l'éducateur, est d'accompagner l'enfant dans la prise de conscience d'une frontière entre la réalité et l'imaginaire, et ainsi permettre à l'enfant de rester en rapport avec le réel.

Pour ma part l'activité imaginaire, permet à l'enfant une forme de résilience face au choc traumatique, lorsque celui-ci est en mesure de savoir, que ce qu'il imagine n'est pas inscrit dans la réalité.
Ainsi cette prise de conscience, peut empêcher l'enfant de sombrer dans la psychose.




9° L'éducateur, l'enfant et l'école


" Quand la famille est le lieu de l'horreur, l'école devient celui du bonheur. C'est là qu'on rencontre des camarades et des adultes qui parlent gentiment. C'est là qu'on joue à se socialiser et que l'on s'amuse à apprendre. Dans ce contexte là, l'école devient un lieu de chaleur, de gaieté et d'espoir "33 .

L'enfant placé n'a pas toujours pour objectif et priorité, de briller dans le domaine des apprentissages scolaires, car il est trop souvent occupé ou préoccupé, par les raisons avérées ou supposées de son placement.
Ainsi, une quantité non négligeable d'énergie, est dirigée vers d'autres objets pour lui vitaux, ce qui fait autant de " matière " en moins, pour l'investissement scolaire.

Il me semble par là, que le travail de l'éducateur est parfois, de ce fait, une action à contre courant et aux résultats limités, une action vouée parfois à l'échec.
Par exemple : forcer le travail scolaire sans tenir compte des préoccupations de l'instant.
L'accompagnement scolaire offre cependant à l'éducateur, l'opportunité de se rapprocher de l'enfant, dans une démarche individuelle. Il rassure l'enfant quant à ses capacités propres, il est aussi le garant du matériel scolaire, des cahiers de liaison vérifiés et signés.
Pour accompagner l'enfant, dans la construction d'une résilience, je pense qu'autant que possible et avec discernement, l'éducateur encouragera l'enfant, à faire seul le travail demandé par les enseignants.
Il favorisera également l'entraide entre les enfants au sein du groupe, sachant que toute démarche de solidarité et de générosité, est pour moi porteuse de guérison pour soi-même et pour l'autre.
Il est vrai que l'école, est le lieu privilégié de rencontres avec d'autres enfants, d'autres familles. C'est le lieu de socialisation par excellence.
En ce sens l'éducateur doit favoriser la scolarisation, lorsque cela est possible. Beaucoup d'enfants s'en sortent grâce à l'école.


10° Le travail avec les familles.

Beaucoup d'auteurs ( CYRULNIK, BRISSIAUX, VANISTANDAL,, GARMEZY...) s'accordent à dire, que la famille est un élément primordial dans la vie de l'enfant et qui contribuerait à sa résilience.
Ainsi il me paraît évident, que dans le cas où l'enfant n'est pas en danger au sein de sa famille, celle-ci est un élément primordial de protection.
Hors bien souvent, lors de placement, le travail avec les familles s'avère difficile et délicat.
Cependant il me paraît primordial pour l'enfant, de préserver une identité familiale.
L'éducateur en ce sens, peut être un médiateur entre l'établissement d'accueil et la famille.
Le travail avec la famille est primordial pour l'enfant, qui malgré un placement, peut y trouver un refuge, un modèle.


Conclusion

Nous avons vu que la résilience est un terme Anglo saxon, et qui décrit la capacité d'un individu à surmonter un traumatisme et aller de l'avant.

Nous avons pu comprendre que pour que ce mécanisme puisse s'opérer, il faut en amont des facteurs de protections et des mécanismes de défenses, permettant au sujet de se défendre et d'aller au delà du traumatisme se que l'on nomme le rebond.
Lors de ma formation d'éducateur, j'ai rencontré énormément d'enfants ayant véçus des traumatismes de différentes nature, et la question était de comprendre quels accompagnements je pouvais faire auprès d'eux afin qu'ils puissent un jour " s'en sortir ".
Aussi à la fin de mon travail j'émet les hypothèses suivantes pouvant m'aider dans mon travail et qui concerne l'accompagnement de l'enfant vers ce processus que l'on nomme résilience :

L'accompagnement de l'enfant vers la résilience, repose avant tout, sur une présence de l'éducateur.
Accompagner c'est en premier lieu donner de son temps, tout simplement être là, à la disposition de l'enfant, être à son écoute.
Ecouter, c'est déjà essayer de comprendre sans juger, en essayant de mettre en place un cadre défini, en s'engageant sur la durée, car il est certain qu'un accompagnement quel qu'il soit, a besoin de temps, de régularité...
Cet accompagnement nécessite également de réfléchir sur la résilience, de la connaître, de connaître éventuellement sa propre résilience, savoir qu'elle existe, qu'elle peut toujours se manifester.
Le soutien à la résilience est d'aider l'autre à grandir.
Déjà connaître la résilience, c'est accompagner l'enfant en difficulté importante, avec la conviction qu'il a en lui des ressources et qu'il va falloir l'aider à s'en servir et notamment en optimisant les facteurs de protection, de faire en sorte de diminuer les effets des facteurs de risques, en favorisant l'autonomie et la responsabilisation de l'enfant.
Ainsi, la résilience peut contribuer, en complément d'autres approches, à tenter de comprendre les formes d'adaptation des individus et permettre aux professionnels d'inventer de nouvelles méthodes de prises en charge des enfants, dès lors qu'ils sont confrontés à des traumatismes.

En tant que futur professionnel, je dirais qu'un accompagnement vers la résilience pour l'enfant, nécessite une approche globale de celui-ci en prenant en compte principalement trois domaines : l'individu (tempérament, personnalité...), ses comportements ( mesures défensives et destructives) et son environnement relationnel (famille, amis...).






REMERCIEMENTS :









Je tenais à rendre hommage à tous les acteurs qui ont contribuer à m'éclairer dans mes interrogations, mes doutes et mes questionnements et plus particulièrement Mlle CHOURY Catherine, Psychothérapeute et Monsieur MATOS Othello, Directeur de mémoire.



Je n'oublierais pas mon entourage proche qui m'a supporté tout au long de ce travail et qui s'est donné la peine de lire et de corriger mes erreurs.


Je dédie plus particulièrement ce mémoire à Martial et Muriel.








BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES


ANDRE C., LELORD F. : L'estime de soi, Paris, Odile Jacob, 1999.

BOWLBY J : Attachement et perte, Paris PUF, 1978, page 76.

BRISSIAUD PIERRE-YVES : Surmonter ses blessure : de la maltraitance à la résilience, Retz, 2001.
CYRULNIK BORIS : Le Murmure des fantômes, Odile jacob, 2003.

CYRULNIK BORIS :Un merveilleux malheur, poches Odile Jacob, 1999.

DE TYCHEY C : Surmonter l'adversité ; les fondements dynamiques de la résilience , cahiers de psychologie clinique ,2001 .

Sous la direction de Roland CHEMAMA et Bernard VANDERMERSCH : Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1998.

FONAGY P: Développement de la psychopathologie de l'enfance à l'âge adulte, Psychiatrie de l'enfant,2001.

FONAGY P. et al. :The theory and practice of resilience, Journal of Child Psychology and Psychiatry,1994.

GARMEZY N. ,MASTEN A. : The protective role of competence indicators in children at risk, in Cummings E. et al., Perspective on stress and coping, Hildale, NJ, Erlbaum Associates, 1991, pages 151à174.

GARMEZY N: Children in Powerty: Resilience Despite Risk, Psychiatry Interpersonal and Biological Processes, 1993.

GARMEZY N. : Stress- resistant children: The search for protective factors, Oxford, Pergamon Press,1985.

GUEDENEY A. : Les déterminants précoces de la résilience, in CYRULNIK B. et al., Ces enfants qui tiennent le coup, 1998, pages 13 à 16.

HAGGERTY R , SHERROD et al. :Stress, Risk and Resilience in Children and Adolescents, New York, Cambridge University Press, 1996 .

HANUS MICHEL : la résilience à quel prix : survivre et rebondir, Maloine, 2001.

LEMAY M. : Réflexions sur la résilience, in Poilpot M-F, Souffrir mais se construire, Toulouse, Erès, , 1999, pages 83à105.

Le petit Larousse illustré : Larousse, 1996.

MANCIAUX M. et al. : La résilience : résister et se construire, Genève, Cahiers médico-sociaux, 2001.


MANCIAUX M. : La résilience : mythe ou réalité ?, in GABEL M. et al., Maltraitance psychologique, Paris, Fleurus, 1999.

ROUZEL JOSEPH : Le travail d'éducateur spécialisé : éthique et pratique, Dunod, 2000.

RUTTER M: Resilience: some conceptual considerations, journal of adolescent health, 1993.

RUTTER M : Stress, coping and development :some issues and some questions, journal of child psychology and psychiatry, 1981.

VANISTENDAEL et AL : Souffrir mais se construire, Paris Erès , 1999.


WERNER E, SMITH R.S: Overcoming the odds: high risk children from birth to adulthood, Ithaca, Cornell university Press, 1992.

WERNER E, SMITH R.S : Vulnérable but invincible, a longitudinal study of resilient children and youth, New York, MC Graw Hill, 1982.











ARTICLES



ODILE BOURGUIGNON: Facteurs psychologiques contribuant à la capacité d'affronter des traumatismes chez l'enfant , revue devenir , juin 2002 pages 77à 92.

Résilience : nouveau concept ou " gadget ", Actualités sociales Hebdomadaires n°2183 , 6 octobre 2000.


BORIS CYRULNIK : la résilience : une vie possible après un traumatisme, revue synapse n°184, mars 2002.



BORIS CYRULNIK : " rien n'est jamais foutu ", revue Télérama n°2668, 28 février 2001.



MANCIAUX MICHEL, TOMKIEWICZ STANISLAV : l'émergence du concept de résilience, magazine le furet n°38, août 2002, pages 20 à 23.


SITE INTERNET :


J VALERIE : La résilience , site internet le social.fr rubrique travaux d'étudiants, 2002.