L'ambassadeur du Kosovo, Naim Malaj, a pris l'initiative hier de rencontrer discrètement les autorités de Martigny et sa communauté !

Ce devait être une rencontre hors médias. L'ambassadeur du Kosovo Naim Malaj a appelé lundi le président de la ville de Martigny Marc-Henri Favre. La réponse n'a pas tardé et le rendez-vous fixé à hier. Le but de cette rencontre? Rebondir sur l'onde de choc qui a suivi le meurtre d'un Kosovar par un ressortissant Cap-Verdien à Martigny.

Une dizaine d'interlocuteurs se sont discrètement rencontrés hier après-midi à l'Hôtel de Ville. Ambassadeur, président de la ville, responsables valaisans à l'intégration et représentants de la communauté kosovare ont mis sur la table préoccupations et perspectives.

La séance se déroulait à huis clos sans journaliste en son sein. Une heure plus tard, "Le Matin" attendait en sortie de réunion un président martignerain un peu surpris! Marc-Henri Favre réagit donc à chaud. "Tout ce fait divers, c'est une histoire de voyous contre voyous et non d'ethnie contre ethnie", assène le président qui avoue être troublé par le fait que cela se soit déroulé dans sa ville. "Nous avons développé ici toute une politique d'intégration c'est un pur hasard que cela soit tombé chez nous." Mais la réunion ne visait pas à échanger des évidences. Elle cherchait des solutions. S'y dessine la volonté de créer une commission extra-communale qui amènera autorités, juges, services d'intégration, polices et députés à débattre.

M. l'Ambassadeur Naim Malaj salué par Michaël Hugon (Municipal de Martigny en charge de l'intégration)

et de Mahamadou Sognane (Délégué à l'intégration de Martigny) entourés par des membres de la communauté

kosovare octodurienne.

 

Donner une impulsion


Qu'est-ce qui bloque? Quelles sont les meilleures solutions à apporter à la situation? Cette volonté de partir vers une direction constructive réjouit Skender Haliti, Kosovar installé depuis trois générations dans la région. "Tout cela ne peut que provoquer quelque chose de constructif. C'est une nouvelle impulsion qui va encore plus nous motiver." La communauté kosovare à Martigny compte 800 personnes - dont 130 jeunes qui fréquentent les écoles - et qui apprécie véritablement la visite de son ambassadeur qu'elle aurait pourtant préféré voir à Martigny dans d'autres circonstances. Hier soir, vers 20 heures, la salle communale accueillait une rencontre peu formelle avec l'ambassadeur. Salle comble et forte présence de jeunes Kosovars qui préfèrent d'ailleurs exprimer leur émotion en français. "Nous ne nous reconnaissons en rien dans les événements, dit, par exemple, ce trio. Ce qui s'est passé n'a pas changé les préjugés qui nous entourent. Nous avons presque l'habitude d'être associés à des histoires de mafia. Nous avons développé une carapace. Si nous sommes venus à cette réunion, c'est pour représenter positivement notre communauté." "Je suis Albanais, dit cet autre trentenaire, mais c'est aussi ma ville qui a été choquée par ces événements."

Source : le Matin du 5 juin 2010