La ville de Martigny fait entretenir un pré en friche par des moutons originaires de Bretagne.

A l'abandon depuis plusieurs années, la vigne du jumelage entre Martigny et Sursee retrouve un peu de vie. Laissée en friche, puis arrachée, cette parcelle d'un peu plus de 2'000 m², située sous le château de la Bâtiaz, accueille depuis vendredi dernier cinq moutons nains d'Ouessant. Ces grosses peluches qui n'atteignent pas les 20 kilos ne sont pas là pour faire de la figuration. La commune les a engagées pour entretenir ce terrain pentu et relativement difficile d'accès.

Ecologique, économique

"C'est Catherine Brassaud, la créatrice d'Ecoparcelle, qui nous a contactés" , rappelle Michaël Hugon, conseiller communal en charge du tourisme, "cela faisait longtemps que l'on cherchait, avec l'association du site historique, une idée pour animer la montée." Le côté écologique, durable et l'attraction pour les familles que peuvent représenter ces petits moutons, a fait le reste. L'argument économique a lui aussi pesé dans la balance. "On estime que l'entretien de cette parcelle, avec des hommes et des machines, coûte environ 4500 francs" , explique l'élu, "avec les moutons, tout compris, on paie 2500 francs."

Les animaux sont arrivés vendredi, dans l'enclos aménagé par l'association Tremplin. Ils appartiennent à Catherine Brassaud, une biologiste en environnement et ostéopathe pour animaux d'origine française, établie à Romanens, dans le canton de Fribourg. "L'idée m'est venue l'an dernier. J'ai pris deux moutons pour tondre ma pelouse. Je me suis rapidement rendu compte que ce n'était pas vraiment adapté pour les jardins privés, à cause des crottes, des arbres à protéger. Mais pour les espaces publics, c'est idéal." Début 2013, elle crée son entreprise, achète des moutons et démarche municipalités et grandes entreprises. Les villes de Pully et Yverdon engagent ses brouteurs, tout comme Gruyères Energie pour l'entretien de son siège bullois. Martigny est son quatrième chantier.

Le principe est un peu différent de ce que font d'ordinaire les agriculteurs locaux. Les moutons restent d'avril à novembre sur les parcelles à tondre. "Je calcule le nombre d'animaux qui peuvent vivre en autonomie sur le terrain concerné. Là, comme ils sont arrivés tard dans la saison, ils n'arriveront pas à tout manger. On leur donne de l'eau, pour respecter les normes fédérales, et un petit abri. Je viens les voir régulièrement pour les soigner au besoin. Mais ce sont des animaux très rustiques. Ils ne sont que très rarement malades, mangent presque tout et sont peu farouches." Leur petite taille limite leur impact sur les sols entretenus. Ils sont aussi calmes et peu bruyants. "A moins qu'on vienne les nourrir régulièrement" , prévient Catherine Brassaud, "là, ils risquent de bêler pour réclamer. On demande d'ailleurs aux gens de ne pas les nourrir et de ne pas entrer dans le parc. Du haut de ses 20 kilos, le bélier est quand même assez bagarreur..." A noter aussi que le mouton d'Ouessant - une île située au large de la Bretagne - qui n'est rentable ni pour sa viande ni pour sa laine, est une espèce menacée et que ce genre de projet permet de sauvegarder l'espèce. Ecoparcelle en emploie actuellement 38. "J'en cherche toujours, mais ça ne court pas les rues. C'est en fonction du nombre de moutons que j'ai que je peux répondre ou non aux demandes. Pour l'heure, je ne peux pas vraiment accepter d'autres chantiers, mais on verra comment ça se développe."

L'opération devrait se renouveler l'an prochain, avec, cette fois-ci, une arrivée des moutons sur place dès les premiers jours du printemps.

Par OLIVIER HUGON (Le Nouvelliste du 06.08.2013)