Jérémie Kisling, l'écorché suisse
Il mérite qu'on s'attarde sur lui parce qu'il y a une vraie sensibilité
dans son écriture. Le Suisse Jérémie Kisling, qui sort son 3e opus
« Antimatière » ne devrait pas tarder à trouver son public. Sur scène,
ce soir, à la Péniche du Pianiste.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Comment expliquez-vous, malgré une presse flatteuse, les difficultés à trouver votre place dans le paysage musical français ?
>> Je suis arrivé au moment où le disque commençait à se casser
la figure. Les critiques ont toujours été bonnes, c'est vrai. Mais
quand ça fait déjà cinq ans que tu fais un métier et que tu n'as
toujours pas de quoi payer ton loyer, tu te poses forcément des
questions.
Avez-vous songé à arrêter la musique ? >> Pendant un
an, je ne faisais plus que du sport. Je ne voulais plus entendre parler
de musique. J'ai vraiment eu une espèce de phase de déni complet,
j'avais l'impression que personne ne s'intéressait à ce que je faisais.
Petit à petit, c'est revenu.
Quel a été le déclic ? >> Je suis parti de ma maison
de disques. De savoir que quelqu'un d'autre s'intéressait à moi m'a
donné un peu de courage et d'énergie. Mais c'est surtout l'inspiration
qui est revenue et des mélodies qui ont commencé à me trotter dans la
tête.
La chanson « J'ai mal » vient-elle de cette période doute ?
>> Complètement. C'est la première chanson qui m'est tombée comme
ça. Elle m'a permis de retrouver le chemin de l'écriture. Cela reflète
bien ma remise en question, mais plus généralement les doutes
existentiels et le mal-être que n'importe qui peut connaître à un
moment donné dans sa vie. C'est une période où j'ai recommencé à
écouter certains morceaux de Starmania et de Michel Berger.
Votre écriture oscille entre le spleen et un humour pince sans rire. êtes-vous toujours entre ces deux états ?
>> Il m'arrive souvent de me replonger dans du Baudelaire et ses
questions sur la place de l'artiste isolé au milieu de la société. La
chanson A quoi je sers ?, c'est un peu en référence à ça. Est-ce que je
peux apporter quelque chose à cette société, est-ce que je peux la
décrire ?
Est-ce le coeur qui dicte votre plume... >> C'est le
cas sur cet album qui est plus frontal que les autres. Sur le précédent
(Le ours, ndlr), je faisais beaucoup de références à des animaux. J'ai
voulu ici me mettre plus à nu, aller au fond des émotions.
Vous passez de la variété à la bossa-nova sans oublier le jazz...
>> Je n'aime pas les disques trop formatés qui ont le même rythme
du début à la fin. Si vous écoutez les Beatles, cela passe en deux
secondes d'une sonorité rock à une rythmique indienne ou un morceau
mélancolique.
Pourquoi avoir repris « Rien qu'un ciel » du groupe Il était une fois ? >> Parce que j'ai redécouvert ce morceau dans une
soirée. Je l'ai trouvé à la fois super dansant et bien écrit
mélodiquement. Il y avait aussi un côté second degré qui permettait de
me moquer de moi-même et de mes moments de doute. Au milieu d'un disque
assez dur, je trouvais qu'elle offrait une respiration.
Comment est né le duo avec Emily Loizeau (« Nouvel horizon ») ?
>> Un ami a écrit une musique pour son disque folk. Je lui ai dit
que j'aimais énormément cette mélodie et j'ai commencé à avoir des
idées de paroles dessus. Ce texte s'est avéré parfait pour un duo. J'ai
pensé immédiatement à Emily. à peine fini le texte, je lui ai envoyé et
cinq minutes après j'ai reçu un texto très enthousiaste de sa part. Il
me semble que nos voix se marient vraiment bien.
Vos concerts seront-ils acoustiques ? >> A Paris, je
serai sur scène avec mes trois soeurs qui font les choeurs, de la
clarinette. On est une famille suisse, calviniste, donc très pudique
sur les sentiments. La musique permet qu'on communique ensemble. Entre
les morceaux, je veux injecter de la légèreté. Par contre, à Lille, je
suis seul sur scène. Un homme-orchestre puisque je fais à la fois du
piano, de la guitare et de l'harmonica.
Lien