MARC BRETTON - La Tribune de Genève du Lundi 20 novembre 2006

Après s’être fait brosser jeudi par ses rivaux, le Mouvement citoyens genevois (MCG) a eu droit à une petite douceur ven­dredi.

Une de ses motions a été triomphalement acceptée en urgence par le Grand Conseil (71 oui, 2 non). En fait, le parle­ment s’est réconcilié sur le dos de la France!

Au terme d’un travail de «Sherlock Holmes», selon les termes du radical Gabriel Bar­rillier, les députés Eric Stauffer et Henry Rappaz ont comparé la durée des procédures que doit suivre une entreprise suisse voulant travailler en France à celle attendant une entreprise française désireuse de travailler en Suisse. Le verdict est clair: «Durée des démarches pour une entreprise française qui veut travailler en Suisse: 17 minutes. Durée pour une suisse qui veut planter un clou en France: 3 h 30 et 11 coups de téléphones, et sans succès.»

Commentaire du dé­puté Stauffer: «Les bilatérales ne sont pas appliquées avec équité.» Du coup, les motion­naires demandent que le Con­seil d’ Etat actionne le Conseil fédéral pour qu’il fasse respec­ter les accords bilatéraux et qu’il fasse part à la France «par voie diplomatique du mécon­tentement des Genevois devant cette situation kafkaïenne» Unger pas convaincu La motion provoque une foule d’interventions sur le ton de: «Quelle surprise, on n’en attendait pas tant de vous.» Gabriel Barrillier, par ailleurs secrétaire de la Fédération des métiers du bâtiment, confirme que «les entreprises genevoises se cassent les dents depuis trois ans» sur le marché français. «Nous n’arrêtons pas de le ré­péter, ce n’est pas une sur­prise », dit-il. Mais de fait, les obstacles au travail sont nom­breux: une entreprise genevoise doit passer par un représentant fiscal domicilié en France, il lui faut contracter une assurance décennale, etc.

Le chef de groupe UDC Gil­bert Catelain enchaîne en expli­quant que d’autres domaines des bilatérales posent aussi des problèmes. Le socialiste Roger Deneys avoue avoir bien ri (jaune) en lisant ce parcours d’entrepreneur combattant. Guère convaincu par «l’action diplomatique» désirée par le MCG dans sa seconde invite, il propose toutefois de remanier un peu la motion. Mais tout le monde n’est pas convaincu.

Le député libéral Alain Meylan, membre de la Fédération des entreprises ro­mandes (FER), assure que les entreprises genevoises peuvent éviter les «pièges» français en demandant des conseils aux gens compétents… à la FER par exemple, l’entend-on penser. Mais le moins séduit du parle­ment est finalement Pierre­ François Unger. Sur le ton dé­solé du professeur s’adressant à un élève se donnant de la peine et en ayant, le président du Conseil d’ Etat a condamné le ton polémique de la motion MCG, qui nuit aux objectifs suivis. La France est-elle protec­tionniste? A voir, dit Unger. Comme Alain Meylan, il rap­pelle que l’administration fran­çaise est un peu plus vaste et compliquée que les administra­tions cantonales. De plus, les Suisses doivent se plier aux lois françaises… comme les Fran­çais. Mais le Conseil d’ Etat fera son devoir et évoquera ces pro­blèmes avec Berne.