Tribune de Genève du 10 avril 2007

Elections communales: les cinq enjeux majeurs du vote
POLITIQUE19:21 Après le triomphe des partis du centre le 25 mars, les 45 communes sont appelées à choisir leurs Exécutifs. Présentation.
FRÉDÉRIC JULLIARD ET JÉRÔME FAAS | 09 Avril 2007 | 19h21

A vos bulletins! Les listes sont désormais prêtes pour le deuxième volet des élections municipales genevoises. Après les conseillers communaux, élus le 25 mars, les Genevoises et Genevois sont appelés le 29 avril à désigner les Exécutifs des 45 communes du canton.Le premier volet des élections a vu le triomphe des partis ducentre, au détriment del’extrême gauche et deslibéraux. Les Verts et les démocrates-chrétiens ont particulièrement réussi leur campagne, alors que le Mouvementcitoyens genevois (MCG) faisait son entrée dans trois communes. Avant une série d’interviews des principaux candidats en Ville de Genève, la Tribune vous présente les grands enjeux cantonaux de l’élection.

La gauche vise les villes. Le 25 mars, l’Alternativeverniolane a arraché la majorité du Conseil municipal àl’Entente. La gauche tientdésormais trois Délibératifsgenevois, contre deux auparavant: la Ville de Genève,Carouge et, donc, Vernier. Peut-elle poursuivre sa marche en avant et augmenter le nombre d’Exécutifs sous sa coupe?

Ils sont quatre aujourd’hui: ceux des trois communes précitées plus Lancy. A vue de nez, les élections s’annoncent particulièrement indécises à Onex et Meyrin. L’Alternative y détient déjà un siège, socialiste àchaque fois. En conquérir un second ne paraît pas mission impossible.

A Onex, l’intrusion du leader du MCG, Eric Stauffer, a passablement brouillé les cartes. Aucune majorité claire ne se dégage au Délibératif, l’Entente s’est effondrée, et les deux candidats socialistes, le sortant René Longet et la députéeCarole-Anne Kast, possèdent une carrure certaine. A Meyrin, les Verts et les socialistes sontdevenus les deux premierspartis de la commune. Ils cumulent plus de voix que les trois partis de l’Entente réunis et seront redoutables.

Il n’est donc pas impossible que la majorité des grandes communes suburbaines soit bientôt gouvernée à gauche.

A gauche toute! en perdition. L’extrême gauche sera-t-elle rayée de la carte des Exécutifs genevois? Pour la première fois depuis bien longtemps, la question se pose vraiment. Aux élections municipales, A gauche toute! a perdu treize sièges, passant de 33 à 20 élus. Du coup, leurs rares candidats aux Conseils administratifs ont été éjectés des listes de l’Alternative au profit des Verts. Leur position s’en trouve très fragilisée.

A gauche toute! possédait quatre magistrats, elle ne ­brigue plus que trois sièges. Et dans quelles conditions... Seul Rémy Pagani, en Ville deGenève, est parvenu à s’entendre avec les socialistes et les Verts. A Carouge, la sortante Jeannine de Haller part au combat isolée. A Vernier, une autre sortante, Nelly Buntschu, ne se représente même pas. C’est donc Jean-Luc Ardite, le président du Parti du travail, qui ira à la mine. Ces deux dernières candidatures ressemblent fort à un baroud d’honneur.

Le MCG veut un magistrat. Le Mouvement citoyens genevois, trublion de la politique genevoise, compte bien faire sonentrée dans les Exécutifs communaux. Après son arrivée fracassante au Grand Conseil en 2005 (neuf députés), le MCG a confirmé son ancrage dans le monde politique cantonal en plaçant des conseillers municipaux dans trois communes:3 élus à Lancy, 5 à Onex et 4 à Vernier. Deux sièges supplémentaires pourraient lui revenir à Carouge, si le Tribunal administratif approuve le recours déposé par le parti contre l’annulation de trois bulletins de vote.

Du coup, le parti des «ni gauche ni droite» vise troissièges de conseiller administratif: un à Onex, un à Carouge et un à Vernier. C’est à Onex que les chances du MCG sont les plus palpables. Le parti y aobtenu près de 16% des suffrages le 25 mars. De plus, il présente sa locomotive électorale, le bouillant député Eric Stauffer. Reste à savoir si le parti des mécontents parviendra à travailler avec d’autres formations pour résoudre les problèmes concrets d’une Municipalité...

L’ambition des Verts. La démonstration de force des Verts aux élections municipales leur interdit désormais dese cacher. Justement, ils n’en ont aucune intention et revendiquent crânement leurnouveau statut de parti gouvernemental. Ils avaient deux magistrats en 2003 (quatre si l’on compte ceux de Jussy etPresinge, élus sur d’autreslistes). Ils en veulent «de trois à cinq en plus», lance MatthiasBuschbeck.

Fanfaronnade? Pas vraiment. A Genève et à Lancy, leurs sortants se représentent. AVernier et Carouge, communes de gauche, leurs candidats font équipe avec les socialistes, en lieu et place des prétendants d’A gauche toute! Ailleurs, les écologistes sont loin d’être ridicules. Premier parti à Meyrin, deuxième au Grand-Saconnex et à Bernex, ils pensent avoir «de bonnes chances dans les grandes communes urbaines».

Partout, leurs treize candidats (quinze avec Jussy etPresinge) partent en tandem avec les socialistes, ou seuls mais soutenus par le parti à la rose. Bref, après s’être hissés au rang de poids lourd des parlements cantonaux, les écologistes veulent se mouiller dans la gestion de proximité. Cette élection pourrait être celle de leur avènement.

L’UDC trouble-fête dela droite. L’Union démocratique du centre confirme lasolidité de ses positions dans les communes genevoises. Avec27 élus dans les Conseilscommunaux, contre 14 en 2003, le parti devient incontournable à droite. Mais ce bel élan risque de s’arrêter à la porte des mairies. L’UDC a peu de chances de placer ses candidats aux Exécutifs. Elle a d’ailleurs cherché des accords avec l’Entente de droite: elle acceptait de retirer ses candidats et d’appeler à voter pour l’Entente, en échange d’un programme de législature commun. A Lancy, l’accord a été signé. Mais, à Carouge comme en Ville de Genève, le rapprochement a échoué.

A Genève, l’intransigeance du PDC, opposé à toute alliance avec l’UDC, a conduit au maintien de la candidature d’Yves Nidegger. Ses chances d’être élu semblent plus que minces, mais la présence de l’UDC pourrait suffire à empêcher l’Entente de conquérir un second siège. Du coup, la guerre PDC-UDC pourrait faire les affaires de l’extrême gauche, en favorisant l’élection de Rémy Pagani.