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Sarclo - 02.02.2007 | 7 réactions | #link | rss
l'adresse d'un web magazine où vous trouverez un interrogatoire rigolo d'hubert félix thiéfaine
et un long entretien avec simon, hubert et mes colles

http://lddlo.free.fr/LDDLO_numeroDIX.pdf

on peut le consulter tous les mois, un très joli journal sur la chanson sur

http://www.ledoigtdansloeil.com

et ouvrir les vieux numéros sur

http://www.ledoigtdansloeil.com/aemporter.html

Sarclo - 30.01.2007 | 1 réactions | #link | rss
avertissement:
Je remercie toutes les personnes qui se fendent d'un commentaire, je les trouve souvent très bien sentis et presque immérités. Ci-dessous une brochettes de mails arrivés sur la liste de causette du site www.sarclo.com, saupoudrées de quelques réactions de ma part. J'ai mis quelques phrases là où il m'a semblé qu'on me demandait comme une réponse.
sarclo
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Hier soir, Sarclo m'a cueillie... encore une fois.
C'est un bon résumé, très subjectif mais parlant.

Valérie

Mignonne , allons voir si la rose...
;-)
très "suggestif", Valérie !

pierre jean

Je répète :
Hier soir, Sarclo m'a cueillie... encore une fois.

non mais, ce que je voulais dire, pierre jean et rascal, c'est que ça fait près de 15 ans que je goûte aux sarcloseries, que comme vous tous, je l'ai vu un paquet de fois sur scène etc etc...

et que je pouvais m'attendre à être un peu blasée un jour... mais non ! contrairement à bien des chantistes de sa génération, ses nouvelles chansons sont aussi pertinentes que les anciennes...
j'ai utilisé le terme "cueillir" dans le sens où il viendra toujours me "chercher" à des moments ou des endroits où je ne l'attends pas.

quand il chante "quand une gonzesse est pas d'accord", je suis à moitié en larmes, par exemple.

et c'est chouette de voir son regard en sortant de scène... épuisé mais les yeux brillants... sans vouloir faire d'analogie mal placée, il nous a fait le coup des montagnes russes pendant plus de 2h (entre le drôle et l'émouvant) et on en est ressortis comme des cons après une nuit d'amour physique (et sans issue).

avec le recul, ok, j'ai été très suggestive !

valérie



Salut Jean,

Merci d'avoir aussi bien posé les bonnes questions et d'y avoir en
partie parfaitement répondu.

Je donne quelques éléments :
Je pense que les chansons étaient les mêmes samedi, dans le même ordre mais je n'ai pas pris de notes et je crois que cela a duré environ 5 minutes de moins samedi.
Le public de vendredi était bien plus réactif. J'ai trouvé celui de samedi moins surpris, peut-être plus connaisseur?
Donc Je suis plutôt complètement d'accord avec toi sur la particularité des chansons de Sarclo et le "rôle" de chacune des composantes. Sauf que je n'aurais pas été capable de formuler tout ça. J'ajoute seulement que,
comme pour tous les artistes qui sollicitent les réactions du public, celui-ci joue un rôle d'autant moins négligeable lors des concerts. Bon j'arrête là, je vais détester relire les évidences que je suis en train d'écrire.
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remarque:
Si je peux me permettre : le jeu avec le public est un truc qui la plupart du temps me casse un peu ou pas mal les burnes. J'essaie de faire rigoler deux ou trois types au moment où je sais que les dames vont être touchées, et qu'une tension monte du genre " qu'est-ce qu'il a à rire celui-là, rien compris, oups zut cette fois c'est moi qui me marre, quelle pine je fais... " Donc en principe le meilleur public peut me foutre dedans, me faisant glisser dans les trucs faciles, et le plus fermé peut me foutre dedans, me faisant donner un spectacle qui tient du prêche anabaptiste. L'idéal serait d'être non pas indifférent ni imperturbable, parce que chaque réaction du public est un cadeau à intégrer au truc, mais indéformable, genre incorruptible. La fragilité vient du fait qu'à réagir aux cadeaux du public, on embarque souvent dans des enthousiasmes peu reluisants.
par ailleurs les deux concerts ont été enregistrés on pourra s'amuser à jouer au jeu des 37 erreurs...
sarclo
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Un spectacle de Sarclo cela peut être très différent d'un jour à l'autre. Mais celui là à déjà beaucoup tourné (mais pas en rond) et est donc assez "carré" ... pour du Sarclo. Avec forcément le fil rouge que constituent les chansons prévues et le diaporama (vous pouvez réviser, il y a pas mal de cartes sur le site). Autour de tout ça Sarclo puise dans son grand sac à baratin et là c'est selon humeur du jour, la porte étant grande ouverte pour l'idée lumineuse nouvelle qui rejoindra le sac à baratins.
J'aime bien l'idée du sac à baratins, en Suisse, au loto, les gens qui n'ont pas de chance crient " coup de sac ! ", pour que l'arbitre aille chercher ses jetons dans un sac remué. Jevais suggérer ça au public pour qu'il puisse me dire quand je radote.
Et puis une autre évidence : Sarclo n'est pas consensuel. Dans la même salle, avec la même prestation, certains peuvent trouver ça génial et d'autres détester ... mais ça non plus ce n'est pas nouveau c'est un problème de niveau de lecture et cela ne passe pas à tous les coups.
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remarque:
J'ai assisté à quelques concerts de mon collègue Renaud. Lui va chercher tout le monde avec ses blagues entre les chansons, Du coup c'est moi qui faisais la fine bouche dans la rubrique " ben dis-donc, t'as qu'à dire que tu chantes pour les cons comme ça ça sera fait " mais c'est évidemment lui qui a raison...
sarclo
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Dylan n'a pas chanté samedi (donc vendredi c'était du bonus avant coup).

  • Eric *
Jean Vargues a écrit:

Eric a bien raison, au moins sur un point : c'était du grand Sarclo vendredi 19 janvier au Forum Léo Ferré d'Ivry. Mais s'agit-il vraiment d'un spectacle ? c'est à dire reproductible à peu près tel quel indépendamment de l'humeur du jour ? J'ai un peu de mal à le croire compte tenu de la charge émotionnelle que j'ai ressentie vendredi et compte tenu aussi de mes précédentes expériences Sarclo.
J'aimerais bien avoir des éléments objectifs pour en savoir plus. Ca m'embêterait un peu d'être manipulable à ce point. Déjà, Eric pourrait-il nous dire si les chansons, et l'ordre dans lequel elles ont été chantées, ont été les mêmes vendredi et samedi au forum ?
Et le prélude Dylan, fait-il partie du spectacle ? Je n'avais jamais entendu Sarclo interpréter Dylan et j'en suis resté sidéré, comme si je découvrais, avec 35 ans de retard, l'influence Sarclosienne de Dylan...
mais comment est-ce possible ?
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remarque:
La liste est inchangée depuis un certain temps, parce que le diaporama me la dicte sans discussion, après, les baratins ont une trame, mais il ne sont pas gravés dans le marbre, parce que je pense que les chansons sont assez écrites pour que les baratins aient droit à plus de légèreté dans la précision. D'ailleurs le flou des relances souligne l'écriture des chansons.
Dylan, d'habitude, j'en chante un peu dans la loge pour me donner envie d'y aller et pour me chauffer. En l'occurrence, vendredi, l'ingénieur du son avait besoin d'entendre ce que j'allais faire, et j'ai balancé du Dylan pour pas vendre la mèche et pour me chauffer. La charge émotionnelle évoquée en début de courrier vient selon moi d'un bon montage de la liste, d'un bon choix des titres, et de l'écriture du dernier opus
sarclo
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Autre question préoccupante : dans le vieux mail qu'Eric Nadot a exhumé,
Jean Dubois met le doigt sur le mystère de la "vulgarité non gratuite", qui est quand même l'une des marques de fabrique de la chanteuse.
Sarclo n'est certes pas le seul à recourir parfois à un doigt de vulgarité, mais c'est l'un des rares à ne jamais se prendre les pieds dedans.
Comment fait-il ? En écoutant récemment un autre chanteur qui ne rechigne pas non plus à l'emploi de quelques grossièretés (David Lafore pour ne pas le nommer... malgré une ou deux provocations peut-être superflues, c'est quand même très bien... si vous avez l'occasion), il m'a semblé avoir peut-être pigé le truc.
La particularité d'une chanson de Sarclo tient à l'évidence des rôles respectifs de chacune de ses composantes : l'aphorisme, la formule qui fait mouche, au centre, tout le reste - l'habillage de mots, la mélodie, les silences, les baratins et vulgarités éventuelles - à son service.
Dès lors que l'obus atteint sa cible, rien de ce qu'il y a autour ne paraît inutile, déplacé ou dénué de finalité.
Est-ce que certains se retrouvent dans cette explication, militairement simple, de la "vulgarité non gratuite" ?
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remarque:
J'ai souvent dit que les gros mots étaient là pour dire des gros trucs... C'est vrai que je commence par mettre ce que je considère comme un coup de bol, une formule, qu'on peut appeler aphorisme ou début de refrain, et après, pour l'habillage, j'essaie d'éviter la panoplie prédécoupée, j'essaie de mettre une histoire par strophe, une idée ou une image par ligne, et que si possible ça s'entrechoque et que ça bringuebale. La grossièreté est là comme un poil à gratter, à faire deux boulot : montrer qu'on peut être sur scène à faire le beau sans être bien élevé, montrer qu'on peut servir de jolis alexandrins parce qu'on aime ça, et pas parce qu'on est scolaire.
sarclo
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Dernière question, plutôt pour Jacques s. : à quand la prochaine date en région parisienne. Le forum était plein, ça veut dire que certains n'ont pas pu venir (sans compter ceux qui aimeraient bien y retourner). Il faudrait voir à faire quelque chose.

> Jean

Eric Nadot a écrit :

Du grand Sarclo encore hier soir au Forum Léo Ferré.
Ce spectacle "A tombeau ouvert" est terrible !
Jean Dubois qui était en première partie est un artiste que j'apprécie énormément. Il m'avait envoyé un mail il y a 4 ou 5 ans (à l'occasion du passage de Sarclo au Sentier des Halles). Je suis très d'accord avec ce qu'écrivait Jean à l'époque et que je trouve toujours aussi juste (sauf que Jean Dubois est trop modeste). Alors voici un copié-collé :

Dylanien que je suis, je ne peux qu'admirer la performance du guitariste-chanteur, qui nous repousse loin derrière tous les troubadours gratteurs de cordes à la française de ces dernières années. Les sujets sont forts, y compris les tendres; le traitement de l'émotion est audacieux, exempt de tout pathétique superflu; sur le terrain des idées sociales, politiques, religieuses, qui font vibrer le monde de notre chanson française à textes, Sarclo, plutôt que de resservir des discours de confortation, sait se mettre en danger, remettre en cause les causes, n'engageant parfois que lui-même, ce qui est d'une bravoure exceptionnelle. Jusqu'à son recours à la vulgarité, qui n'est jamais gratuit, au contraire. Vrai poète, grand chanteur.

Jean Dubois
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réponse de sarclo:
Les mots de Jean Dubois me touchent terriblement parce que ça touche à ce que je voudrais pouvoir me vanter de savoir faire, et que ça vient de quelqu'un qui le fait. Merci.

sarclo
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Sarclo - 13.12.2006 | 0 réactions | #link | rss
Nouv. Critique à chaud. 11/12/6. Nous sortons juste du spectacle, la pluie tombe sur Paris et goutte encore dans nos cheveux. Donc, le spectacle vous laisse sur le c.. ! Indescriptible ! Mais essayons ! Les mots se bousculent, les phrases carambolent pour décrire et donner un aperçu du régal total que nous ont offert nos trois larrons. Sarclo, Bel Hubert et Simon Gerber ont rivalisé d'émotions, de fantaisie, de porte-à-faux et de trouvailles et nous les avons savourés comme des gâteaux de chez Daloyau. Et pourtant, malgré cette image audacieuse, la singularité de Sarclo & Co réside dans leur naturel (rare dans la chanson) ; on les prend pour nos voisins, nos proches, nos doubles... Sarclo seul passe le 19 et 20/1 à Ivry : que cet avis se propage par djembé, on va pas s'emm... on fait de la pub !... B.P.

Sarclo - 05.12.2006 | 3 réactions | #link | rss
Et il a écrit ça (j'ai rien touché)

Bien dormi ?

J'ai commencé, il y a quelques semaines, avec mon message à Jacques, je continue aujourd'hui pour te redire le bonheur que fut ton spectacle hier soir à la Tour de Rive.

Je ne t'encombrerai pas de palabres à chaque occasion mais je fais ici une exception : Hier, c'était beau, c'était généreux, les chansons étaient habitées, bien chantées, superbement accompagnées et la salle était agréable. Par le ton de confidance que tu as adopté, on se sentait faire un peu partie de la famille et notre adhésion aux textes était quasi complète.

Si tes chansons ne sont pas "les plus belles du monde" à elles toutes seules, elles font du moins partie du lot des plus belles. Je range sans problème "Mon papa" sur la même étagère que Le vieux Léon, Le plat pays, Nantes, Avec le temps, Mistral gagnant ou Revoir Paris.

Mais, sur cette étagère, il y a de la place pour beaucoup d'autres merveilles dont Le parc Montsouri (Higelin), Une sorcière comme les autres (Sylvestre), Portrait d'Aude (Bertin), Le chant des hommes (Solleville), L'alouette en colère (Leclerc), Mes amis, mes amours (Martin), Le temps des chevaux (Romann), etc, etc.

Tu as pris une place essentielle, pour beaucoup d'entre nous, dans le paysage romand. Je me souviens de Jack Roland, aux 80 ans de Gilles, qui disait : "Pour ma part, j'aime assez, j'aime bien et même j'aime beaucoup que celui qui a fait cette belle unanimité (...) ne soit ni un général, ni un politicien mais un chanteur, retors et poète, tendre et malin, justicier ou philosophe..."

Ce que je voulais dire, en fin de compte, c'est que tu pouvais m'envoyer automatiquement chacune des nouvelles oeuvres de Sarclo à venir. Et tant pis si je n'aime pas trop cette batterie (à défaut de boîte à rythme) que tu as mis sur six titres d' A tombeau ouvert : Il y a déjà eu et il y aura sans doute d'autres versions de ces chansons magnifiques. Hier soir en était la démonstration.

Bon, maintenant, je t'envoie ou je ne t'envoie pas ce mail ? Je clique ou je ne clique pas ?

Je clique.
Sarclo - 19.11.2006 | 2 réactions | #link | rss
C'est génial, depuis que je vous ai dit que Loic Lantone avait fait un beau disque
plus personne écrit de conneries sur ce blog
le livre de Virginie Despentes
KING KONG THEORIE
le féminisme revu par une pétroleuse
est juste vertigineux d'intelligence et de drôlerie
iconoclaste, décapant, heureux, libre, vivant
elle a une paire de couilles cette fille, des melons.
à lire d'urgence pour vérifier qu'on est vivant
Sarclo - 15.11.2006 | 3 réactions | #link | rss
COURREZ EMMERDER VOTRE DISQUAIRE
JUSQU'À CE QU'IL VOUS TROUVE
LE NOUVEAU DISQUE DE LOIC LANTOINE
C'EST JUSTE MAGNIFIQUE
Sarclo - 07.11.2006 | 3 réactions | #link | rss
Sarclo: "Je ne suis pas obsédé par la mort"


CHANSON. Avec le très beau "A Tombeau ouvert, chansons posthumes vol. 1" et une tournée sans fin, le Genevois fête les vingt-cinq ans d'un parcours au long cours. Ce neuvième disque tendre et murmuré jouit d'une lumineuse mélancolie.


Olivier Horner
Mardi 7 novembre 2006

Depuis 1981 et Les plus grands succès de Sarcloret, le temps qui passe est une constante dans le répertoire de Sarclo. Sauf qu'à 55 ans, celui qui se promène désormais sur scène avec des épitaphes maison inscrites sur des pierres tombales s'est rapproché davantage de la fin. Avec A tombeau ouvert, neuvième album studio en vingt-cinq ans, le dernier souffle lui inspire quelques-unes de ses plus belles chansons ("Joli foutoir", "Une jolie fin de vie", "Photos montage" ou "Chanson des yeux"). Gravés dans des boiseries acoustiques, avec la complicité artistique du multi-instrumentiste et chanteur Simon Gerber notamment, ces morceaux de choix révèlent une tendresse folle. Où le rire, la politesse du désespoir de Sarclo, s'efface souvent au profit d'une mélancolie bénie.

Le Temps: Vous dites ne pas être troublé par l'idée de la mort mais elle rôde dans vos nouvelles chansons...Sarclo: Je ne suis pas obsédé par la mort mais je suis entouré par la mort. J'ai perdu mes parents et je suis désormais sur le siège avant. En même temps, je baigne dans la vie la plus fraîche puisque mes deux der- niers enfants ont 9 et 11 ans. Je les regarde grandir et c'est un délice. C'est marrant d'être pris entre ces deux feux: la vie qui monte et la vie qui descend. Quand j'étais à l'école, on me donnait des feuilles avec des marges mais on devait écrire dans le cadre et non dans la marge. Alors que la marge est là tout le temps. La mort, c'est la marge de la vie. Si on ne peut cochonner dans la marge, c'est triste.

- Révéler la marge, les à-côtés, c'est ce qui vous intéresse en chanson?

- C'est en ne disant pas de quoi on parle qu'on laisse dans la marge de la place pour que les gens puissent écrire eux-mêmes. Il y a une marge à tous égards. On ne peut mettre tout ce qu'on veut dans une chanson. Dans son journal, trois semaines avant sa mort, Ramuz écrivait: "Y a des choses que je n'ai pas pu dire parce que ça faisait 8 et je voulais mettre 9." Si on connaît l'écriture de Ramuz, on sait qu'il parle de pieds. Dans la chanson, c'est encore plus important parce qu'on n'arrête pas de traiter le pied: d'en caser 9 en n'en chantant que 8 grâce à une élision par exemple. Ce sont des critères fondamentaux. Quand on ne fait que décrire les choses, cela devient des clichés. Quand on les laisse en filigrane, en les suggérant, c'est plus adulte, intéressant, charnu.

- Quels sont les autres critères?

- Au-delà du critère mathématique, j'ai lu les chansons de Boris Vian avant de les entendre. Il y a une association d'idées par ligne et une histoire par strophe. Si c'est moins riche que cela, ça ne m'intéresse pas. J'ai aussi chanté du Dylan avant de chanter du Sarclo. Quand on construit une chanson comme "Mr Tambourine Man" avec une liberté de scansion très anglophone, on retourne au français en se demandant comment retrouver cette liberté-là, comment la placer. Chez Dylan, j'ai aussi gagné le fait qu'entre deux écoutes, on n'entend pas la même histoire parce qu'elle a cette richesse, cette générosité d'offrir des doubles fonds de signification.

- La quête de l'intemporalité est aussi primordiale dans votre écriture.

- C'est vrai que j'essaie toujours d'écrire des standards. Mais à la différence de Brassens qui évitait de dater les choses, ça ne m'embête pas en parallèle de parler dans une chanson de Muriel Siki. Parce que c'est une époque, que ça me fait rire et que je veux voir vieillir ma Muriel Siki. Comme ça ne m'embête pas d'évoquer Betty Bossy, des choses factuelles ou plus courageuses. Etre historique et géographique par instinct ne me gêne en rien. Gainsbourg disait: "Je ne fais rien pour la postérité parce que la postérité ne fait rien pour moi." C'est amusant mais je ne suis pas sûr que ce soit très sincère de sa part. Le fait de travailler pour la postérité n'intéresse personne. Ce qui est intéressant est de travailler avec l'orgueil de pouvoir comparer ce qu'on fait avec ce qui a duré. Pourquoi une chanson de Brassens ou d'Aristide Bruant a-t-elle traversé le temps? J'ai envie de me colleter avec cette réalité du pourquoi de la durée des choses. Et aussi avec l'idée que ce n'est pas vaniteux d'écrire des chansons. Je raconte beaucoup cette phrase de Voltaire qui dit: "Je ne pardonne à un livre que s'il m'apprend quelque chose." La phrase évoque ce qui rend pardonnable la prétention de l'artiste, du créateur. Si on la décale à mon domaine, la chanson, qu'est-ce qui rend une chanson pardonnable? Le rire, l'émotion, la rage, la colère, un mélange de tout cela.

- Avez-vous conscience ou êtes-vous amer parfois de voir qu'au regard de vos vingt-cinq ans de carrière, de votre répertoire, vous n'êtes pas forcément reconnu à votre juste valeur?

- Si je ne suis pas reconnu à ma juste valeur, est-ce à moi de le dire? J'ai un baratin de circonstance, rodé à l'égard de cette question: il y a longtemps, je pensais que je faisais des chansons plus belles que les autres et que c'était important; il y a moins longtemps, je pensais que j'écrivais des chansons moins moches que les autres et que c'était sans importance; et maintenant je suis juste un vieux mec avec une guitare. J'aime à dire que je fais de la chanson pour adultes consentants. Ce que je veux dire par cette formule, c'est que je fais avancer ma vie, ma lecture de la vie et mon regard sur celle-ci avec des adultes. Je ne veux pas faire les poches des enfants, ça ne m'intéresse pas, mais des disques pour les gens de mon âge. J'ai 55 ans et mes émotions peuvent s'exprimer en chanson sans singer des émotions d'adolescents, sous prétexte que c'est les ados qui achètent des disques.

- Ce n'est donc pas une formule qui sert à vous dédouaner de l'aspect parfois plus grossier de votre répertoire?

- Scato-pipi-caca-cul vous voulez dire! Eh bien oui, c'est pareil, c'est aussi pour des adultes consentants. J'aime les différents niveaux de lecture. C'est l'ambivalence entre ces deux aspects qui est intéressante, la tension entre la déconnade et la chose sérieuse. Dans "Chanson des yeux", j'ai hésité à laisser une horreur comme "La vie file comme une comète/Dans le noir on voit la lumière/De sa queue, mais dans les roupettes/Réside encore un grand mystère" dans un texte aussi sérieux sur la mort. Au contraire, l'intérêt au final, ou "la réussite" peut-être de la chanson, réside dans le fait que je ne lâche pas l'affaire: continuer de déconner jusqu'à la dernière seconde. Quand on sera mort, on ne déconnera plus.

A Tombeau ouvert (Disques Office). Sarclo en tournée: 10 et 11 nov., Denezy (VD); 17 nov., Versoix (GE); 20 et 21 nov., Vevey; 25 nov., Yverdon. (Rens. http://www.lechantlaboureur.ch)







Après son coup de gueule contre Label Suisse, actes constructifs
Olivier Horner
Il a fustigé l'absence de cachets versés aux chanteurs et musiciens qui se produisaient au festival Label Suisse organisé fin septembre à Lausanne par la Radio suisse romande (LT du 28.09.06). En relevant l'une des ambiguïtés d'une fête rassemblant quelque 600 artistes, Sarclo s'est montré d'utilité publique en mettant le service public devant ses contradictions.

Il n'a pas voulu tuer la manifestation mais plutôt mobiliser les troupes artistiques.

Opération réussie puisque ce jeudi soir, chez lui à Lausanne, le débat activé sur son blog (http://www.monblog.ch/label) se poursuivra par une réunion. Où les intervenants le plus souvent anonymes pourront se manifester, et formuler des propositions constructives à la Radio romande. "Je n'ai pas fait cela par calcul ou pour faire parler de moi. Mais qui l'aurait fait à ma place? Même la radio et Gérard Tschopp me sont reconnaissants. Au-delà de la gratuité des prestations, il est ubuesque que la RSR n'ait pas été foutue de faire un pass pour les musiciens; que les chanteurs suisses pas invités à s'y produire n'aient pu venir voir leurs collègues l'est aussi. Cela dénote un manque de réflexion et d'égards vis-à-vis de notre rôle."
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