De temps en temps, repenser ce que l'on croit savoir et revoir ce que l'on croit être vrai peut avoir du bon. Et la vidéo (sur le blog de LBMV) produite par Shaun Monson, incite à se demander si tous nos droits ne sont pas subordonnés à un droit suprême: celui de vivre sans l'asservissement et ses conséquences.

Nulle intention ici de relancer les fameux débats sur l'obtention de fourrures animales par des méthodes atroces (comme si vous acceptiez que votre mari soit dépecé vivant pour vos goûts vestimentaires), le traitement des vaches, cochons, poulets, etc. dans la production de masse (comme si l'on élevait votre femme recluse sans lumière, nourrie d'hormones et de déchets d'animaux morts après que la vie a été drainée d'eux, dans le seul but de vous fournir du lait), l'utilisation des animaux dans des expériences scientifiques (mettons vos parents au service de la science! Humans need them!) ou pour l'amusement du public (faisons donc courir vos enfants avec des piques plantées dans le dos, pour qu'ils soient enfin transpercés par l'épée glorieuse d'un matador).

Il est traité ici d'une question plus fondamentale. Qu'on admette ou non les mauvais traitements infligés aux animaux n'est pas déterminant. Les génocides, crimes de guerre et autres, condamnés lorsque commis sur des humains, encouragés lorsque commis sur des animaux, sont encore en dehors de la question. Creusons vraiment tout au fond du problème...

Est-il possible... Imaginable... Que le droit de ne pas subir l'asservissement soit le plus fondamental des droits? Après tout, l'espèce humaine est, elle aussi, une espèce animale, bien que certains le nient encore; les preuves abondent en ce sens, puisque nous ne pouvons pas être des végétaux, des protistes, des protozoaires ou des champignons et que nous sommes forcément des organismes vivants. Ainsi... puisque nous sommes tous animaux, humains, chevaux, reptiles, oiseaux, poissons, crevettes et baleines, ne devrions-nous pas être soumis à une quelconque loi commune?

C'est ce que je crois. Et cette loi commune serait le droit de ne pas être asservi; autrement formulé, le droit de ne pas être né "inférieur" pour servir une espèce dite "supérieure". S'il est possible de trouver, dans le règne animal non-humain, des mises à mort violentes, de la cruauté (certes inconsciente), des scènes de lente torture (toujours inconsciente), il est en revanche impossible d'y trouver un asservissement. Aucune créature, sauf l'humain, ne semble en avoir réduit une autre, (a fortiori, des autres), en esclavage.

On m'objectera peut-être qu'il ne s'agit pas d'esclavage. Dans ce cas, je demande "pourquoi les corridas"? Je demande "pourquoi le cirque?". En quoi ces animaux seraient-ils mieux traités que des esclaves? Ils viennent au monde, sont maltraités et tués pour l'amusement général.

On m'objectera sûrement que les animaux ne resentent pas la douleur. Je suppose que si les animaux ne resentaient pas la douleur, ils ne réagiraient pas aux mauvais traitements. Le poisson, par exemple, se débat autant simplement parce qu'il souhaite que sa liberté de mouvement soit entière? Où est-ce parce que le fait d'avoir un crochet dans la gueule l'incommode plus que ça? Peut-être souffre-t-il lorsque l'on arrache l'hameçon? Souffririez-vous? L'admettriez-vous à l'égard de vos proches?

On m'objectera sans doute que les animaux n'ont pas de sentiments ou émotions. Dans ce cas, il faut admettre que c'est un pur hasard si le chien semble "faire la fête" quand son maître rentre à la maison. La joie serait donc une émotion resentie. Il faudrait aussi admettre que tous les comportements propres aux chiens, ou aux chats, qui reviennent systématiquement en cas de peur, d'agressivité ou de douleur, sont dus au hasard?

Libre à chaque contradicteur d'exposer ses arguments.

Mais pour en revenir au thème principal, je crois qu'il existe un droit, propre à toute espèce animale, à ne pas être asservi et à pouvoir choisir de ne pas être asservi. Sans accorder aux non-humains la jouissance des droits civil, par exemple, le droit de vote ou, si l'on veut être cynique, le droit à une assurance pour les accidents de travail, sans même leur accorder le droit à la vie, il faut leur accorder le droit de ne pas être des esclaves.

Parce que les esclaves n'ont aucun statut. Parce qu'ils n'existent juridiquement pas. Le Droit ne leur reconnaît aucun droit. Ils sont à la libre disposition de leur propriétaire. Et c'est exactement ce dans quoi l'on place les non-humains: au service de l'homme. Et ça... puisque l'asservissement est une invention de l'être humain, je crois que ne pas le vivre est un droit de la nature qui surpasse tous les autres.

Et je crois que ce droit est tellement absolu, qu'il est l'essence fondamentale du développement, parce qu'il empêcherait quiconque, ou quelconque, de se croire, ou même d'être, supérieur à autrui.

Participez!
- Croyez-vous que ce droit de ne pas être asservi devrait être réalité?
- Pensez-vous qu'il est normal que les non-humains servent les humains?
- Avez-vous pu visionner la vidéo du début à la fin, sans éprouver le moindre pincement au coeur?
- Pensez-vous que ce film est uniquement une propagande et que ce qu'il contient n'est pas réel?
- Quelle serait la règle la plus essentielle de la vie et du développement, selon vous?

Les réponses de type "c'est comme ça" ou "bienvenue dans la vraie vie" ou encore "c'est du sentimentalisme" seront effacées. Le but est de pouvoir nourrir un débat et non d'admettre une défaite, faire du négationnisme ou prôner son ignorance :)